<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"><channel><title>Terres Mouvantes</title><description>Journal PDF indépendant sur le Sahel et l’Afrique de l’Ouest : sécurité, pouvoir, argent, souveraineté et conséquences civiles.</description><link>https://terresmouvantes.org/</link><language>fr-FR</language><copyright>Terres Mouvantes</copyright><image><url>https://terresmouvantes.org/favicon.svg</url><title>Terres Mouvantes</title><link>https://terresmouvantes.org/</link></image><item><title>N°09 — Le feu et l&apos;eau</title><link>https://terresmouvantes.org/numeros/feu-nord-eau-sud/</link><guid isPermaLink="true">https://terresmouvantes.org/numeros/feu-nord-eau-sud/</guid><description>De la côte noyée aux attaques au Mali, N°09 suit l&apos;argent, les responsabilités et les ruptures diplomatiques de la semaine.</description><pubDate>Mon, 06 Jul 2026 08:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Une côte qui se noie alors que l&apos;argent était annoncé. Un Mali frappé à nouveau par des attaques coordonnées. Un Burkina qui rompt avec Paris neuf jours après un vote européen. Ce numéro relie trois crises sans les confondre : l&apos;eau, le feu, et les décisions qui les rendent plus coûteuses pour nos villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://terresmouvantes.org/issues/09-feu-nord-eau-sud.pdf&quot;&gt;Télécharger le PDF&lt;/a&gt; · &lt;a href=&quot;https://terresmouvantes.org/numeros/feu-nord-eau-sud/&quot;&gt;Lire sur le site&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;country-banner&quot;&gt;Golfe de Guinée&lt;/div&gt;
  &lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Accra · Abidjan · Lomé · 27-29 juin&lt;/div&gt;
    &lt;p&gt;À Accra, les appels d&apos;urgence commencent à tomber dès le matin. L&apos;eau entre dans les maisons, coupe des routes, bloque les secours. Des habitants nagent dans une eau qui monte jusqu&apos;au cou pour sortir des voisins piégés. Dans le quartier d&apos;Achimota-Agbogbloshie, une mère et son enfant sont emportés. Au Ghana, douze morts sont confirmés après les pluies qui ont frappé Accra et Tema.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;À Abidjan, la pluie a tué dans les communes d&apos;Attécoubé et de Yopougon. À Mossikro, des habitants sont restés sous les décombres après les glissements de terrain. Le bilan immédiat confirmé dépasse la douzaine de morts ; certains bilans de presse avancent 59 morts depuis mai.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;À Lomé, le bilan provisoire du gouvernement togolais fait état de cinq morts après les pluies des 28 et 29 juin. Les régions Maritime, Plateaux, Centrale et le Grand Lomé ont été touchés. Des maisons, des écoles et des lieux de culte ont été abandonnés. Une phrase suffit à comprendre la scène :&lt;/p&gt;
    &lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;« Nous avons tout perdu dans l&apos;eau. »&lt;cite&gt;Lomé, 29 juin 2026&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
    &lt;p&gt;La facilité serait d&apos;appeler cela une catastrophe naturelle. C&apos;est vrai au premier degré : il a plu fort, longtemps, sur une côte déjà fragile, et les prévisionnistes régionaux avaient annoncé dès le printemps une saison au-dessus des normales, avec des cumuls excessifs sur les régions côtières entre mars et juillet. Mais chez nous, l&apos;eau ne tue jamais seule. Elle tue quand une ville a construit dans les bas-fonds. Elle tue quand les caniveaux servent de poubelles parce que la collecte ne passe pas. Elle tue quand des permis sortent sur des zones inondables. Elle tue quand le plan de secours commence après la pluie.&lt;/p&gt;
    &lt;div class=&quot;tm-flow-card&quot;&gt;
      &lt;div&gt;La chaîne qui noie les villes&lt;/div&gt;
      &lt;div&gt;
        &lt;div class=&quot;tm-flow-node&quot;&gt;&lt;b&gt;Prêts, dons, projets anti-inondations&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
        &lt;div class=&quot;tm-flow-arrow&quot;&gt;↓&lt;/div&gt;
        &lt;div class=&quot;tm-flow-node&quot;&gt;Communiqués, visites de chantier, promesses de saison&lt;/div&gt;
        &lt;div class=&quot;tm-flow-arrow&quot;&gt;↓&lt;/div&gt;
        &lt;div class=&quot;tm-flow-node tm-flow-node--break&quot;&gt;&lt;b&gt;Là où ça casse&lt;/b&gt;&lt;br&gt;entretien absent · caniveaux bouchés · permis en zone inondable · collecte défaillante&lt;/div&gt;
        &lt;div class=&quot;tm-flow-arrow&quot;&gt;↓&lt;/div&gt;
        &lt;div class=&quot;tm-flow-node tm-flow-node--dark&quot;&gt;Quartiers noyés · stocks perdus · écoles fermées · familles déplacées&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
    &lt;/div&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Suivre l&apos;argent · trois villes&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;L&apos;argent était là&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Et cette fois, on ne pourra pas dire que l&apos;argent manquait. Suivons-le, ville par ville.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;&lt;b&gt;Abidjan.&lt;/b&gt; Les annonces de prévention et les chantiers d&apos;assainissement se sont multipliés avant la saison. Le PARU, financé par la Banque mondiale, engage plusieurs centaines de millions de dollars pour l&apos;assainissement et la résilience urbaine d&apos;Abidjan. Cinq milliards de francs CFA ont aussi été mobilisés pour le drainage de la saison 2026. Les morts sont venus quand même.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;&lt;b&gt;Accra.&lt;/b&gt; Le Ghana a dépensé près d&apos;un milliard de dollars en deux décennies contre les inondations. Le programme phare, le GARID, financé par la Banque mondiale, devait draguer l&apos;Odaw, la rivière qui noie le centre d&apos;Accra. Son histoire tient en trois chiffres : sur les 200 millions de dollars initiaux, 65 millions ont été réaffectés à la réponse Covid ; 150 millions supplémentaires ont été approuvés en 2023 ; et à ce jour, le dragage de l&apos;Odaw est achevé à un peu plus de 40 %, le projet ayant été prolongé jusqu&apos;en 2027. Des entrepreneurs ont ralenti leurs chantiers faute de paiement, des retards que la presse ghanéenne relie aux contraintes budgétaires de la restructuration de la dette et du programme avec le FMI. Retenons la chaîne : quand le service de la dette étrangle un budget, ce n&apos;est pas l&apos;ambassade qu&apos;on ferme, c&apos;est le caniveau qu&apos;on ne cure pas. Nos lecteurs du N°03 reconnaîtront la mécanique.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;&lt;b&gt;Lomé.&lt;/b&gt; Le projet RAINE, lancé en avril 2025, promet un micro-tunnel de 7,5 km pour réduire les inondations dans plusieurs quartiers de Lomé. Les 28 et 29 juin, l&apos;eau est quand même entrée dans les maisons, et le plan de réponse de la sécurité civile a été déclenché après les pluies, pas avant.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Responsabilités · l&apos;inventaire&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Le désastre a des auteurs&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;L&apos;inondation de nos côtes n&apos;est pas un accident de géographie. C&apos;est le résultat de choix signés, par des administrations et par des institutions financières. D&apos;un côté, les bailleurs financent les grands ouvrages, les États annoncent les millions, les communiqués circulent. De l&apos;autre, l&apos;entretien quotidien reste étranglé : les dettes s&apos;empilent, les arriérés bloquent les chantiers, les municipalités manquent d&apos;équipes pour curer un simple fossé.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;De l&apos;autre côté, il y a le silence complice des directions de l&apos;urbanisme. Les morts d&apos;Attécoubé ou d&apos;Achimota ne logent pas dans les bas-fonds par ignorance. Ils y vivent parce que les zones sûres sont devenues inaccessibles aux classes populaires, parce que les permis sortent, parce que les remblais avancent, parce que les exutoires naturels disparaissent sous les terrains à forte valeur. Quand une municipalité laisse construire là où l&apos;eau passait, elle transforme la pluie en sentence de mort.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Responsabilités · l&apos;inventaire&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Jusqu&apos;à l&apos;année suivante&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Ce spectacle n&apos;a plus rien d&apos;une actualité. C&apos;est une archive qui tourne en boucle depuis des décennies. Chaque génération ouest-africaine connaît le même rituel d&apos;hivernage : les prévisions alertent, la pluie tombe, les bas-fonds s&apos;emballent, les familles pauvres paient le tribut le plus lourd.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Puis vient le même vaudeville politique : ministres au chevet des sinistrés, bottes dans la boue ; enquêtes promises ; plans d&apos;urgence « historiques » ; nouveaux millions annoncés par les institutions internationales. La saison sèche revient, l&apos;indignation s&apos;évapore, l&apos;argent se perd dans l&apos;appareil d&apos;État, et rien ne bouge. Jusqu&apos;à l&apos;année suivante.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;&lt;b&gt;Le changement climatique a bon dos. Avant d&apos;être climatique, le désastre est politique.&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
  &lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Le compte · saison 2026&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Financé, annoncé, noyé&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Trois villes, trois projets, des montants lourds. La question n&apos;est donc pas « où était l&apos;argent ». Il était là, voté, annoncé, inauguré. La question est celle que chaque habitant d&apos;Attécoubé, d&apos;Achimota ou d&apos;Agoè peut poser à son maire et à son ministre : pourquoi l&apos;argent arrive-t-il plus vite au communiqué qu&apos;au caniveau ?&lt;/p&gt;
  &lt;div&gt;
    &lt;table class=&quot;tm-data-table&quot;&gt;
      &lt;tr class=&quot;tm-flow-node tm-flow-node--dark&quot;&gt;
        &lt;th class=&quot;tm-data-cell&quot;&gt;VILLE&lt;/th&gt;
        &lt;th class=&quot;tm-data-cell&quot;&gt;MORTS (SAISON 2026)&lt;/th&gt;
        &lt;th class=&quot;tm-data-cell&quot;&gt;ARGENT ENGAGÉ&lt;/th&gt;
        &lt;th class=&quot;tm-data-cell&quot;&gt;CHANTIER PHARE&lt;/th&gt;
      &lt;/tr&gt;
      &lt;tr&gt;
        &lt;td class=&quot;tm-data-cell tm-flow-node&quot;&gt;&lt;b&gt;Abidjan&lt;/b&gt;&lt;/td&gt;
        &lt;td class=&quot;tm-data-cell tm-flow-node&quot;&gt;Plus de 12 confirmés ; jusqu&apos;à 59 depuis mai selon des bilans de presse&lt;/td&gt;
        &lt;td class=&quot;tm-data-cell tm-flow-node&quot;&gt;PARU (Banque mondiale), plusieurs centaines de M$ + 5 mds FCFA pour la saison&lt;/td&gt;
        &lt;td class=&quot;tm-data-cell tm-flow-node&quot;&gt;Chantiers annoncés avant les morts&lt;/td&gt;
      &lt;/tr&gt;
      &lt;tr&gt;
        &lt;td class=&quot;tm-data-cell tm-flow-node&quot;&gt;&lt;b&gt;Accra&lt;/b&gt;&lt;/td&gt;
        &lt;td class=&quot;tm-data-cell tm-flow-node&quot;&gt;12&lt;/td&gt;
        &lt;td class=&quot;tm-data-cell tm-flow-node&quot;&gt;~1 Md$ en 20 ans, dont le GARID&lt;/td&gt;
        &lt;td class=&quot;tm-data-cell tm-flow-node&quot;&gt;Odaw dragué à 40 %, projet repoussé à 2027&lt;/td&gt;
      &lt;/tr&gt;
      &lt;tr&gt;
        &lt;td class=&quot;tm-data-cell tm-flow-node&quot;&gt;&lt;b&gt;Lomé&lt;/b&gt;&lt;/td&gt;
        &lt;td class=&quot;tm-data-cell tm-flow-node&quot;&gt;5 (bilan provisoire)&lt;/td&gt;
        &lt;td class=&quot;tm-data-cell tm-flow-node&quot;&gt;RAINE, micro-tunnel de 7,5 km&lt;/td&gt;
        &lt;td class=&quot;tm-data-cell tm-flow-node&quot;&gt;Plan de secours déclenché après la pluie&lt;/td&gt;
      &lt;/tr&gt;
    &lt;/table&gt;
    &lt;p class=&quot;tm-verdict&quot;&gt;&lt;b&gt;L&apos;argent précède les morts ; il ne les empêche pas.&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;p class=&quot;tm-source-note&quot;&gt;Sources : Banque mondiale, ministère des Finances du Ghana, gouvernements ivoirien et togolais, presse régionale.&lt;/p&gt;
  &lt;/div&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;M&apos;Pouto · Cocody · lagune Ébrié&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Le mur est tombé, le lanceur d&apos;alerte est en prison&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;L&apos;argent n&apos;est d&apos;ailleurs que la moitié de l&apos;histoire. L&apos;autre moitié, c&apos;est ce qu&apos;on laisse construire. Un cas la raconte mieux que tous les budgets : M&apos;Pouto, village ébrié enclavé dans la commune de Cocody, à Abidjan. Pendant six ans, un promoteur, Émile Abi-Aad, a remblayé la lagune Ébrié pour créer des terrains à forte valeur, et un mur d&apos;environ 400 mètres a fini par séparer le village de sa rive. Les riverains accusaient l&apos;ouvrage de bloquer l&apos;écoulement naturel des eaux : à chaque pluie, le quartier gardait l&apos;eau que la lagune n&apos;absorbait plus. Le 19 mai, les services municipaux ont marqué le mur « AD 19-05-26 ADX » : promis à la démolition. Fin juin, en pleine séquence meurtrière, les bulldozers l&apos;ont rasé ; les habitants ont parlé d&apos;« une première victoire ».&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Jean-Christian Konan, lanceur d&apos;alerte suivi par des dizaines de milliers de personnes, a été arrêté le 16 février, placé sous mandat de dépôt le 18, et reste détenu à la MACA sous au moins sept chefs d&apos;accusation, dont escroquerie. Le parquet parle d&apos;escroquerie, de plaintes et de 80 millions de francs CFA. Ses soutiens parlent de représailles. Mais une chose demeure : l&apos;État a fini par détruire le mur que Konan dénonçait, pendant que lui reste en prison. Ce fait politique suffit.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
  &lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;La politique de l&apos;entretien&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;L&apos;entretien est invisible, donc négligé&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Une partie de la réponse est politique. Un caniveau curé ne fait pas une belle inauguration. Une pompe entretenue ne donne pas une photo de victoire. Un quartier relogé avant la catastrophe ne crée pas le spectacle d&apos;une visite aux sinistrés. L&apos;entretien est invisible, donc négligé ; la catastrophe est visible, donc financée. Chaque saison, les mêmes villes redécouvrent que l&apos;eau connaît les adresses que les administrations oublient.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Au Togo, l&apos;ACAT réclame une réponse fondée sur les droits humains ; la Dynamique pour la majorité du peuple accuse le gouvernement d&apos;abandonner les sinistrés. On peut discuter le ton de l&apos;opposition. On ne peut pas discuter le coût : des morts, des quartiers entiers sous l&apos;eau, des maisons et des stocks de commerce détruits, des écoles fermées, des familles déplacées qui repartent de zéro.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;La saison des pluies n&apos;est pas finie. Les prévisions annoncent encore des précipitations intenses sur la côte dans les prochains jours. La seule question qui compte maintenant : qu&apos;est-ce qui aura changé, concrètement, avant la prochaine grosse pluie ?&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Strasbourg · 17 juin · Parlement européen&lt;/div&gt;
      &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Le rempart, c&apos;est pour l&apos;Europe&lt;/h2&gt;
      &lt;p&gt;Le 17 juin 2026, au Parlement européen, Christophe Gomart parle du Burkina Faso comme d&apos;un pays qui déborde sur ses voisins. Général en deuxième section, ancien directeur du renseignement militaire français, eurodéputé Les Républicains, il intervient comme auteur d&apos;une résolution sur « la répression persistante de l&apos;espace civique et des libertés fondamentales » au Burkina Faso.&lt;/p&gt;
      &lt;p&gt;Il parle d&apos;« échec dramatique » du pouvoir militaire, affirme que plus de la moitié du territoire échappe au contrôle de l&apos;État, décrit le pays comme un « sanctuaire » pour des groupes armés et la criminalité organisée. Puis vient la phrase qui dit tout : les États voisins seraient la « première ligne de défense » contre la déstabilisation régionale, parce que si l&apos;Afrique de l&apos;Ouest vacille, l&apos;Europe vacillera aussi.&lt;/p&gt;
      &lt;p&gt;Le Burkina est lu comme menace. Ses voisins deviennent rempart. Et ce rempart ne protège pas d&apos;abord Ouagadougou, Abidjan, Lomé ou Cotonou. Il protège l&apos;Europe.&lt;/p&gt;
      &lt;p&gt;Écoutons aussi ce que le général laisse hors champ. Il mentionne bien dix ans de lutte antiterroriste avec l&apos;appui de la France et de l&apos;Europe. L&apos;inventaire de cet appui, il ne le fait pas. Faisons-le à sa place.&lt;/p&gt;
    &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;2011-2026 · l&apos;inventaire&lt;/div&gt;
      &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Le désastre a des auteurs&lt;/h2&gt;
      &lt;p&gt;L&apos;effondrement du Sahel n&apos;est pas tombé du ciel. C&apos;est le décombre direct, prévisible, de quinze ans de décisions françaises. 2011 : Paris mène la charge pour détruire l&apos;État libyen et fait sauter le couvercle d&apos;un arsenal à ciel ouvert. Armes lourdes et combattants se déversent sur toute la bande sahélienne, et la rébellion malienne de 2012, point de départ de tout, s&apos;équipe dans les décombres de Tripoli.&lt;/p&gt;
      &lt;p&gt;Suit une décennie où la France traite le Sahel en terrain militaire réservé. Barkhane engloutit environ un milliard d&apos;euros par an dans une guerre verticale, pilotée d&apos;en haut, qui n&apos;arrête rien : la terreur, cantonnée au nord du Mali en 2013, métastase vers le centre du pays, puis au Burkina, puis au Niger. Pire : sur le terrain, la force française s&apos;appuie sur des milices communautaires et des régimes décriés, et des communautés entières, stigmatisées puis abandonnées, vont chercher protection chez les groupes armés.&lt;/p&gt;
    &lt;/section&gt;
  &lt;/div&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;2011-2026 · l&apos;inventaire&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Kidal, puis Paris&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Et il y a Kidal. Pendant dix ans, l&apos;armée malienne y est interdite de séjour sur son propre territoire, pendant que des factions rebelles y prospèrent sous protection de fait. Ce double jeu a convaincu gouvernements et populations d&apos;une même chose : Paris ménageait des groupes armés pour justifier une présence militaire sans fin. Nul besoin d&apos;affirmer l&apos;intention, les faits ont installé la conviction. Ajoutez la pièce la plus récente : un FLA qui trouve des relais médiatiques et politiques à Paris au moment même où il attaque aux côtés du JNIM.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;&lt;b&gt;La France n&apos;a pas trébuché sur un échec au Sahel. Elle l&apos;a construit, décision après décision. Voilà le bilan que le général juge, sans jamais regarder la part française du désastre.&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
  &lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Strasbourg → Ouagadougou · 18-26 juin&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Neuf jours pour rompre&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Le lendemain, 18 juin, le Parlement européen adopte la résolution commune RC-B10-0318/2026, procédure 2026/2767(RSP), par 476 voix pour, 11 contre et 75 abstentions.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le texte ne ménage pas Ouagadougou. Il évoque la dissolution de tous les partis politiques, la suspension de nombreuses organisations de la société civile, des comptes transférés vers une banque contrôlée par l&apos;État, la suspension de TV5Monde, des disparitions et détentions arbitraires. Il contient aussi l&apos;accusation la plus lourde : des faits de « nettoyage ethnique » visant les communautés peules. Cette accusation est celle du Parlement européen ; elle ne devient pas la nôtre sans dossier propre.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;La suite tient en quatre actes.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le 22 juin, Ouagadougou convoque Philippe Bronchain, chef de la délégation de l&apos;Union européenne. Le 23 juin, le ministère burkinabè des Affaires étrangères publie un communiqué. Le ministre Karamoko Jean Marie Traoré parle de propos « accusateurs, grossiers et mensongers », d&apos;informations erronées, d&apos;un discours au « relent néocolonialiste ». Il ajoute que Gomart parle d&apos;un pays qu&apos;il n&apos;a pas visité et rappelle la responsabilité de l&apos;OTAN en Libye dans la déstabilisation régionale.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le 25 juin, une note verbale exige le « retrait diligent » de la résolution. Le 26 juin, Ouagadougou rompt ses relations diplomatiques avec la France, avec effet immédiat.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Neuf jours. Débat, vote, convocation, communiqué, note verbale, rupture. Ce n&apos;est pas une humeur de plateau. C&apos;est une chronologie diplomatique.&lt;/p&gt;
  &lt;div&gt;
    &lt;div class=&quot;tm-pdf-grid tm-timeline-grid&quot;&gt;
      &lt;div class=&quot;tm-timeline-item&quot;&gt;&lt;b&gt;17 juin&lt;/b&gt;&lt;span&gt;Débat au Parlement européen, Gomart à la tribune&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;div class=&quot;tm-timeline-item&quot;&gt;&lt;b&gt;18 juin&lt;/b&gt;&lt;span&gt;Résolution votée : 476 pour, 11 contre, 75 abstentions&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;div class=&quot;tm-timeline-item&quot;&gt;&lt;b&gt;22 juin&lt;/b&gt;&lt;span&gt;Convocation du chef de la délégation UE&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;div class=&quot;tm-timeline-item&quot;&gt;&lt;b&gt;23 juin&lt;/b&gt;&lt;span&gt;Communiqué du MAE : propos « grossiers et mensongers »&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;div class=&quot;tm-timeline-item&quot;&gt;&lt;b&gt;25 juin&lt;/b&gt;&lt;span&gt;Note verbale : « retrait diligent » exigé&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;div class=&quot;tm-timeline-item tm-timeline-item--final&quot;&gt;&lt;b&gt;26 juin&lt;/b&gt;&lt;span&gt;&lt;b&gt;Rupture avec la France, effet immédiat&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
    &lt;/div&gt;
    &lt;div&gt;Du discours à la rupture : neuf jours.&lt;/div&gt;
  &lt;/div&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Paris · 2023-2026 · les pièces&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Deux pièces, pas une théorie&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;La défense parisienne et européenne dira : le Parlement européen est indépendant, la France ne commande pas ses résolutions, Gomart est eurodéputé avant d&apos;être général. C&apos;est institutionnellement vrai. Mais dans la lecture politique burkinabè, l&apos;homme compte autant que l&apos;institution. Un ancien patron du renseignement militaire français porte une résolution sur le Burkina ; Ouagadougou répond à l&apos;Union européenne, puis rompt avec Paris. Voilà le fait.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Trois ans plus tôt, une autre scène avait préparé le vocabulaire de la méfiance. Fin septembre 2023, sur LCI, Vincent Crouzet, présenté à l&apos;écran comme « expert en renseignement » et décrit par la presse comme ex-agent de la DGSE, commente la fin du bras de fer français au Niger. Il parle de « plus de latitude » pour des opérations clandestines de déstabilisation.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Soyons stricts : Crouzet parle du Niger, pas du Burkina. Ce clip prouve autre chose, quelque chose de simple et déjà grave : sur un plateau parisien, un homme présenté comme expert du renseignement parle du Sahel comme d&apos;un terrain où l&apos;on peut reprendre de la marge clandestine.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Deux pièces, donc, pas une théorie. En 2023, un ex-DGSE parle du Niger et de clandestinité. En 2026, un ex-DRM parle du Burkina au Parlement européen comme d&apos;un risque pour l&apos;Europe. Entre les deux, Ouagadougou accumule les griefs : troupes françaises sorties, médias suspendus, ambassadeur parti, aide gelée, quatre agents de la DGSE arrêtés en décembre 2023 puis libérés un an plus tard par la médiation du roi du Maroc, convention fiscale dénoncée, accord militaire de 1961 enterré.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;La rupture du 26 juin ne commence donc pas le 26 juin. Elle commence dans une relation où chaque camp pense déjà que l&apos;autre agit contre lui. Paris parle de décision hostile et infondée. Ouagadougou parle d&apos;activisme incessant, d&apos;ambitions néocoloniales, de soutien à des réseaux subversifs et terroristes.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Ouagadougou · après le 26 juin&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;L&apos;ambassade ferme, le CFA reste&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Ce qui change est concret : fermeture des canaux diplomatiques, services consulaires bloqués, visas compliqués, ONG et entreprises contraintes de revoir leurs dispositifs. Ce qui ne change pas dit autant : le franc CFA reste, le commerce reste, Orange reste, les intérêts économiques ne disparaissent pas avec les drapeaux. Et la place laissée ne restera pas vide : Moscou fournit déjà l&apos;appui sécuritaire via l&apos;Africa Corps, Ankara multiplie les accords, Pékin avance ses pions économiques.&lt;/p&gt;
  &lt;div class=&quot;tm-pdf-grid tm-pdf-grid--2&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;tm-flow-node tm-flow-node--orange&quot;&gt;
      &lt;b&gt;Ce qui casse&lt;/b&gt;
      &lt;div&gt;Le canal diplomatique officiel&lt;br&gt;Les services consulaires et les visas&lt;br&gt;Les dispositifs des ONG et entreprises françaises&lt;br&gt;Une relation d&apos;ambassades vieille de plus de soixante ans&lt;/div&gt;
    &lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;tm-flow-node&quot;&gt;
      &lt;b&gt;Ce qui reste&lt;/b&gt;
      &lt;div&gt;Le franc CFA&lt;br&gt;Le commerce bilatéral : ~342,6 M$ (2025)&lt;br&gt;Orange et les entreprises françaises présentes&lt;br&gt;Les liens humains et administratifs des familles&lt;/div&gt;
    &lt;/div&gt;
  &lt;/div&gt;
    &lt;p&gt;La souveraineté proclamée casse l&apos;ambassade. Elle ne casse pas encore la monnaie, le marché, les réseaux, ni les dépendances administratives des familles entre Ouagadougou et Paris. C&apos;est là que se mesurera la rupture : pas dans le communiqué, mais dans ce qui continue après lui.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;div class=&quot;country-banner&quot;&gt;Mali&lt;/div&gt;
  &lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Gao · Anéfis · Aguelhok · Sévaré · 4 juillet&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;La deuxième vague&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Le 4 juillet, avant l&apos;aube, la guerre a rappelé qu&apos;elle ne s&apos;était pas arrêtée au choc d&apos;avril. Gao, Anéfis, Aguelhok, Sévaré, Kenioroba : plusieurs localités sont visées dans une nouvelle série d&apos;attaques. Le FLA annonce une offensive sur Anéfis. Le JNIM revendique ensuite des attaques coordonnées et affirme avoir pris plusieurs positions.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;L&apos;armée malienne affirme avoir repris le contrôle de la situation. La réaction compte : tenir une position, repousser une attaque, neutraliser des assaillants, ce n&apos;est pas un détail. C&apos;est ce qui empêche la carte de basculer. La suite se joue dans l&apos;initiative : ne pas seulement sauver la ville attaquée, mais empêcher l&apos;adversaire de choisir seul le lieu, la date et le rythme.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le 25 avril, l&apos;attaque coordonnée avait frappé Bamako, Kati, Mopti, Sévaré, Gao, Bourem et Kidal le même jour. À Kati, une voiture piégée conduite par un kamikaze a tué le ministre de la Défense, le colonel Sadio Camara. Le 4 juillet ne répète pas seulement le 25 avril. Il l&apos;installe. Deux offensives coordonnées en dix semaines, ce n&apos;est pas une coïncidence opérationnelle ; c&apos;est une méthode de pression.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Cette méthode oblige l&apos;armée à défendre plusieurs points à la fois. Elle oblige les villes à attendre le prochain nom sur la liste, les transporteurs à hésiter avant chaque axe, les familles à lire les communiqués comme une météo de guerre. La répétition n&apos;est pas un détail : elle fatigue les positions, étire les secours, installe le calendrier de l&apos;adversaire.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;En frappant ainsi de concert, à plusieurs reprises, séparatistes et jihadistes ont choisi d&apos;unir leurs haines. Aucune nuance doctrinale n&apos;abrite le soldat malien en première ligne, le chauffeur de camion ou la famille bloquée à Gao.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Bamako n&apos;est pas seul dans le principe : les condamnations de principe et les messages de solidarité affluent d&apos;Alger ou d&apos;Ankara. Mais ces soutiens de chancellerie se paient de mots. Face à une coalition terroriste asymétrique et surarmée, les communiqués de stabilité ne blindent pas les positions, ne fournissent pas d&apos;armes et ne financent pas l&apos;effort de guerre.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;&lt;b&gt;Le danger n&apos;est plus seulement l&apos;attaque. C&apos;est le rythme : plusieurs villes, le même jour, et l&apos;attente étouffante du prochain assaut.&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;div class=&quot;country-banner&quot;&gt;Brèves&lt;/div&gt;
  &lt;section class=&quot;flow-section small-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Niamey · 18 juin&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Même l&apos;aéroport devient front&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Le 18 juin, une attaque revendiquée par le JNIM vise l&apos;aéroport international de Niamey : 11 militaires et 2 civils tués, 22 assaillants abattus. Le site accueille des installations liées à la force unifiée de l&apos;AES, lancée fin 2025. L&apos;AES veut coordonner la sécurité régionale depuis Niamey ; le JNIM vient de montrer qu&apos;il peut frapper jusqu&apos;au pied de son quartier général.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
  &lt;section class=&quot;flow-section small-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Conakry · Simandou&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Le fer sort, par le chemin le plus court vers la mer&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Avec la montée en charge de Simandou, la Guinée entre cette année parmi les tout premiers producteurs mondiaux de minerai de fer. Le minerai voyagera sur une voie ferrée construite pour relier le gisement au port, pas les Guinéens entre eux. Les lecteurs du N°07 connaissent la suite de l&apos;histoire.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
  &lt;section class=&quot;flow-section small-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Dakar · 1ᵉʳ juillet&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;La dette change de bureau&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Au Conseil des ministres du 1ᵉʳ juillet, le président Faye a institué un ministère unifié de l&apos;Économie, des Finances et du Plan, et validé la création d&apos;une Direction générale des Financements et de la Dette. L&apos;organigramme change ; le stock de dette, lui, ne bouge pas d&apos;un franc.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
  &lt;section class=&quot;flow-section small-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Niamey · Ouagadougou · Bamako&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;L&apos;AES claque la porte de la CPI&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Entre le 18 et le 24 juin, le Niger, le Burkina Faso et le Mali ont déposé leurs notifications de retrait du Statut de Rome auprès du secrétaire général de l&apos;ONU. Niamey dénonce une justice « sélective » devenue « instrument d&apos;ingérence » ; Amnesty International alerte sur le risque de priver les victimes de crimes de guerre de recours. Le retrait ne prend effet qu&apos;un an après notification : jusqu&apos;à l&apos;été 2027, les trois États restent juridiquement liés à la Cour qu&apos;ils quittent.&lt;/p&gt;
    &lt;img src=&quot;https://terresmouvantes.org/articles/09/aes_cpi.webp&quot; alt=&quot;Illustration : les pays de l&apos;AES quittent la CPI&quot; width=&quot;1200&quot; height=&quot;1200&quot; loading=&quot;lazy&quot; decoding=&quot;async&quot;&gt;
  &lt;/section&gt;</content:encoded><enclosure url="https://terresmouvantes.org/issues/09-feu-nord-eau-sud.pdf" type="application/pdf"/><category>Sahel</category><category>Afrique de l’Ouest</category></item><item><title>N°08 — Leur guerre, nos terres</title><link>https://terresmouvantes.org/numeros/mali-guerre-hybride/</link><guid isPermaLink="true">https://terresmouvantes.org/numeros/mali-guerre-hybride/</guid><description>Le Mali est devenu un terrain secondaire de la guerre d&apos;Ukraine : drones, FLA, JNIM, Russie, France et routes bloquées jusqu&apos;au marché de Bamako.</description><pubDate>Sun, 28 Jun 2026 08:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Une guerre venue d&apos;Europe s&apos;est installée sur nos terres. Ce numéro suit la chaîne : des combattants du FLA formés aux drones en Ukraine, Paris qui ne dément pas vraiment, Moscou payé en dollars puis en or, le JNIM qui coupe les routes, et la facture qui arrive dans le carburant, le riz et l&apos;électricité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://terresmouvantes.org/issues/08-mali-guerre-hybride.pdf&quot;&gt;Télécharger le PDF&lt;/a&gt; · &lt;a href=&quot;https://terresmouvantes.org/numeros/mali-guerre-hybride/&quot;&gt;Lire sur le site&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Bamako · 7 mai 2026 · corps diplomatique&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Et Paris n&apos;a pas démenti&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Le 7 mai, salle Me Alioune Blondin Beye, à Bamako. Douze jours après les attaques coordonnées qui ont tué le ministre de la Défense Sadio Camara dans sa résidence de Kati, Abdoulaye Diop convoque le corps diplomatique. Le chef de la diplomatie malienne pose un mot sur ce que le pays traverse : une « guerre hybride menée par procuration ». Un mois plus tard, devant les médias panafricains réunis à Bamako, il enfonce le clou :&lt;/p&gt;
    &lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;« Il y a des gens envoyés pour faire la guerre au nom d&apos;autres personnes avec de supposés objectifs ou idéologies. »&lt;cite&gt;Abdoulaye Diop, Forum des médias panafricains, Bamako, 3 juin 2026&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
    &lt;p&gt;Pendant un an, quand Bamako, Ouagadougou et Niamey dénonçaient un attelage entre rebelles, jihadistes et puissances étrangères, la réponse était toute prête : propagande russe. Dans les taxis de Dakar comme sur les plateaux parisiens, l&apos;idée qu&apos;une guerre d&apos;Europe de l&apos;Est puisse se jouer dans le Sahara passait pour du complotisme d&apos;État. En mai, Paris a cessé de démentir. Et chacun se sert : Moscou en or, Kyiv en revanche, le FLA en drones. Nous, on paie en riz et en carburant.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Deux jours après le discours de Diop, un journaliste du Figaro lui a donné raison. Et Paris, sommé de démentir, ne l&apos;a pas fait.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;div&gt;
    &lt;section&gt;
      &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Paris · RTL · vendredi 8 mai, 7 h 15&lt;/div&gt;
      &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Six jours, quatre capitales, zéro démenti&lt;/h2&gt;
      &lt;p&gt;La séquence tient en une semaine. Le 7 mai, Diop parle de guerre par procuration. Le vendredi 8 mai, à 7 h 15 sur RTL, Georges Malbrunot, reporter au Figaro, cite une « source sécuritaire française » : des unités du renseignement militaire ukrainien, le GUR, opèrent au Mali « en coordination avec les rebelles touaregs » du FLA. Parmi elles, « quelques dizaines d&apos;ex-légionnaires ukrainiens, des francophones ». Et cette phrase, attribuée à sa source : « Le paravent ukrainien a l&apos;avantage de nous permettre de ne pas coopérer avec des jihadistes liés à al-Qaïda. »&lt;/p&gt;
    &lt;/section&gt;
    &lt;section&gt;
      &lt;div&gt;
        &lt;img src=&quot;https://terresmouvantes.org/articles/08/rtl-neutral-bg-article-section-v1.webp&quot; alt=&quot;Chroniqueur radio au micro&quot; width=&quot;293&quot; height=&quot;521&quot; loading=&quot;lazy&quot; decoding=&quot;async&quot;&gt;
        &lt;div&gt;&lt;b&gt;8 mai, 7 h 15 :&lt;/b&gt; la chronique qui a forcé Paris à choisir entre démentir et se taire. &lt;span&gt;Illustration : Terres Mouvantes&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;/div&gt;
    &lt;/section&gt;
  &lt;/div&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Paris · ministère des Armées · Quai d&apos;Orsay&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Paris répond, sans jamais nier&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Interrogé sur ces anciens légionnaires, le ministère français des Armées répond par écrit que si des militaires ukrainiens ont quitté la Légion étrangère « pour servir l&apos;Ukraine de manière qu&apos;ils jugent utile, la France n&apos;a de son côté pas de commentaire à faire sur le sujet ». Le 13 mai, le porte-parole du Quai d&apos;Orsay, Pascal Confavreux, ferme la marche : « Nous ne souhaitons pas commenter ces allégations sans fondement. » Puis : la situation au Mali est « le résultat d&apos;un échec patent de la Russie ». Et enfin : « c&apos;est aux autorités locales de décider des alliances qu&apos;elles souhaitent pour leur pays ».&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;  &lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Lecture · ce que les réponses ne disent pas&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Paris dément le rôle, jamais les faits&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Relisez ces réponses. Aucune ne dit : ces hommes n&apos;existent pas. Aucune ne dit : ils ne sont pas au Mali. Paris dément le rôle, jamais les faits. Quand un ministère a l&apos;occasion de tuer une rumeur et choisit de hausser les épaules, le silence devient une information.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Wassim Nasr, de France 24, conteste tout. Les anciens légionnaires « ne sont pas au Mali », l&apos;aide au FLA « ne s&apos;est pas renouvelée ». Il ne cite aucune source. C&apos;est le même journaliste qui documentait cette aide ukrainienne en 2024. Son démenti repose sur sa seule parole.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;La chronique de Malbrunot s&apos;appuie sur autre chose : quarante ans de scoops issus des services français. En 2022, il révélait la présence d&apos;agents de la DGSE en Ukraine. Paris a démenti, les faits ont tenu. En 2024, il publiait que le renseignement français détenait des indices d&apos;une attaque du Hamas avant le 7 octobre. Paris a démenti, puis nuancé. En 2020, il écrivait que Macron menaçait de sanctions les dirigeants libanais. Le président l&apos;a pris à partie en public, le traitant d&apos;« irresponsable ». L&apos;Élysée s&apos;en est expliqué au &lt;i&gt;Parisien&lt;/i&gt; : « Le problème n&apos;est pas qu&apos;il ait des sources, mais qu&apos;il ne nous laisse pas la possibilité de démentir. »&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Aujourd&apos;hui, même mécanique, même « allégations sans fondement », même silence sur les faits précis. Ce qui ne dépend pas de sources anonymes, c&apos;est ce qui suit.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Tinzaouatène · juillet 2024 → octobre 2025&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Kyiv revendique, le FLA avoue&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Ce que l&apos;Ukraine fait au Mali, on le sait d&apos;abord par les intéressés eux-mêmes. Fin juillet 2024, après l&apos;embuscade de Tinzaouatène où les rebelles ont revendiqué la mort de 84 mercenaires de Wagner et de 47 soldats maliens, Andriy Yusov, porte-parole du GUR, déclare à la télévision ukrainienne que les rebelles « ont reçu les informations nécessaires, et pas seulement des informations », pour mener leur opération. Six jours plus tard, le 4 août 2024, le Mali rompt ses relations diplomatiques avec Kyiv.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Côté rebelle, la ligne a évolué en trois temps, et la trajectoire dit tout. Début août 2024, dans Le Monde, la coalition séparatiste (le CSP-DPA, qui deviendra le FLA trois mois plus tard) ne reconnaît que des « liens avec les Ukrainiens, comme tout le monde ». Le 10 septembre 2024, son porte-parole Mohamed Elmaouloud Ramadane décrit au site français Contre-Poison une coopération avec les Ukrainiens qui « en est à sa première phase », et réclame une « aide sur le plan militaire, l&apos;armement, la formation de nos combattants ». Octobre 2025, dans Jeune Afrique : des combattants du FLA ont été formés en Ukraine au pilotage de drones FPV armés, avant de revenir former les autres. De « comme tout le monde » à la formation avouée : quatorze mois.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le 15 mai, le ministre ukrainien de la Défense, Mykhailo Fedorov, expose la doctrine dans le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; : « Les armes autonomes sont les nouvelles armes nucléaires. Les pays qui les possèdent seront protégés. » Son ministère forme les combattants du FLA aux drones FPV. La doctrine n&apos;a pas de frontière. Le Sahel est le premier terrain hors d&apos;Europe où elle s&apos;applique.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Ukraine · 13 avril 2026 · Gao&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Des soldats qui se rendent à des machines&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Pour mesurer cette formation, il suffit de regarder ce qu&apos;elle produit sur son terrain d&apos;origine. Le 13 avril 2026, jour des industriels de la défense ukrainiens, Volodymyr Zelensky annonce une première dans l&apos;histoire militaire, réalisée par la 3e brigade d&apos;assaut quelques mois plus tôt : une position russe prise sans un seul fantassin, par des drones et des robots terrestres. « Les occupants se sont rendus, et l&apos;opération a été menée sans infanterie et sans pertes de notre côté. »&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le Sahel n&apos;a pas attendu la démonstration. Dès mars 2026, environ vingt-cinq drones kamikazes ont frappé le camp Firhoun ag Alinsar de Gao (sept frappes revendiquées par le FLA dans le mois), et les analystes estiment que certains étaient guidés par fibre optique, insensibles au brouillage. Une technologie mise au point par les soldats ukrainiens face à la Russie. Le FLA est le premier groupe armé non étatique du Sahel à l&apos;employer. Douze jours après l&apos;annonce de Zelensky, le 25 avril, le FLA et le JNIM lançaient leur offensive coordonnée d&apos;un bout à l&apos;autre du pays.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le savoir-faire a traversé sans visa. Personne ne l&apos;a déclaré en douane.&lt;/p&gt;
  &lt;div&gt;
      &lt;img src=&quot;https://terresmouvantes.org/articles/08/uid_cd1c24ec492d4b1489429f6e3b82ecc7_width_1200_play_0_pos_0_gs_0_height_675.webp&quot; alt=&quot;Position russe prise par des drones et robots terrestres&quot; width=&quot;314&quot; height=&quot;176&quot; loading=&quot;lazy&quot; decoding=&quot;async&quot;&gt;
      &lt;div&gt;&lt;b&gt;Été 2025 :&lt;/b&gt; robot de combat terrestre ukrainien. La technologie a atteint Gao avant l&apos;annonce de Zelensky. &lt;span&gt;Ministère de la Défense ukrainien&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
    &lt;/div&gt;
  &lt;div&gt;
      &lt;img src=&quot;https://terresmouvantes.org/articles/08/uid_5880c8dcb6ce4eb9b2e8618632c03a31_width_1025_play_0_pos_0_gs_0_height_0.webp&quot; alt=&quot;Militaires ukrainiens&quot; width=&quot;314&quot; height=&quot;176&quot; loading=&quot;lazy&quot; decoding=&quot;async&quot;&gt;
      &lt;div&gt;&lt;span&gt;Ministère de la Défense ukrainien&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
    &lt;/div&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Paris · Barkhane · 2013-2022&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;L&apos;ennemi russe avant l&apos;ennemi jihadiste&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Reste la question française. RTL l&apos;a titrée elle-même : « une hiérarchisation de l&apos;ennemi ». Cinquante-huit soldats français sont morts au Sahel entre 2013 et 2022, tués pour l&apos;essentiel par les groupes que combattait l&apos;opération Barkhane. Aujourd&apos;hui, d&apos;anciens hommes de sa propre Légion étrangère appuieraient des rebelles militairement coordonnés avec le JNIM. Si l&apos;allégation de Malbrunot est exacte, Paris a tranché : l&apos;ennemi russe passe avant l&apos;ennemi jihadiste, même quand le jihadiste a tué des soldats français.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;On n&apos;écrira pas ici que la France pilote cette guerre : une source anonyme ne suffit pas. Mais relisez les réponses de Paris : des phrases qui ne nient rien, prononcées par un État qui a les moyens de tout nier.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Cette prudence a soixante ans d&apos;archives contre elle. Jacques Foccart, le « Monsieur Afrique » des présidents français, a tenu depuis l&apos;Élysée des réseaux parallèles conçus pour que la France officielle garde les mains propres. Bob Denard, mercenaire français passé par le Katanga, le Biafra et le Bénin, a renversé des gouvernements aux Comores pendant que les services savaient, toléraient, parfois orientaient ; à son procès, sa défense disait qu&apos;il avait toujours agi avec leur bénédiction tacite, et l&apos;État n&apos;a jamais su le démentir. La méthode a un nom que personne ici n&apos;a besoin de se faire expliquer : la Françafrique. Le démenti n&apos;y est pas un obstacle, c&apos;est l&apos;outil. Et il fonctionne parce qu&apos;à chaque épisode, l&apos;observateur prudent conclut que ce cas précis n&apos;est pas prouvé.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
  &lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Bamako · Moscou · l&apos;offre&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Moscou, seule offre sur la table&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Le choix de Bamako est moins libre qu&apos;on le raconte. Après les coups d&apos;État de 2020 et 2021, les partenaires occidentaux ont suspendu l&apos;essentiel de leur coopération militaire, conditionné le reste, puis plié bagage. L&apos;offre russe, elle, tenait en trois lignes : des armes, un veto au Conseil de sécurité, pas de leçons de gouvernance. Aucune autre puissance ne proposait ce paquet. Le gouvernement de transition a pris ce qu&apos;il y avait à prendre.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Sénou · raffinerie · 62/38&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Payé en dollars, bientôt en or&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Le prix est connu : environ 10 millions de dollars par mois depuis l&apos;accord conclu avec Wagner fin 2021, jusqu&apos;à 10,8 millions payables en partie en or, selon ADF, magazine du commandement militaire américain pour l&apos;Afrique, une source qui a son camp. Et le canal de l&apos;or se construit en dur : depuis juin 2025, la première raffinerie nationale sort de terre à Sénou, près de l&apos;aéroport de Bamako. Capacité visée, 200 tonnes par an. Actionnaires : l&apos;État malien à 62 %, le groupe russe Yadran à 38 %. Le discours dit souveraineté minière. Le registre du commerce dit que l&apos;infrastructure de l&apos;or malien aura un associé russe.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Ce que vaut la protection achetée, Kidal l&apos;a montré. Le 27 avril, l&apos;Africa Corps a évacué la ville sous escorte du FLA, au terme d&apos;une sortie négociée. Les hommes de Moscou sont partis sous les huées, abandonnant derrière eux une station de contrôle de drones TB-2. Bamako paie le même prix pour un produit qui se dégrade, parce qu&apos;aucune autre offre n&apos;existe.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
  &lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Alger · 2015-2024&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Même la diplomatie était écrite ailleurs&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;On objectera qu&apos;il y a eu une autre voie : l&apos;accord d&apos;Alger de 2015, que le gouvernement de transition a enterré en janvier 2024. Voie de papier. Négocié sous patronage algérien et français, l&apos;accord excluait les jihadistes, qui ont attaqué pendant dix ans comme si de rien n&apos;était. Les mouvements signataires n&apos;ont jamais désarmé, et Kidal a vécu huit ans en État de fait, hors de l&apos;autorité de Bamako, pendant que le Groupe d&apos;experts de l&apos;ONU documentait, dès 2019, la « stratégie de coexistence » de certaines factions signataires avec les groupes armés. Au sud du pays, on y voyait moins une paix qu&apos;une tutelle : Alger et les mouvements du nord fixant à Bamako sa propre organisation. En l&apos;enterrant, le gouvernement de transition a enterré un texte que personne n&apos;appliquait. Même la diplomatie qu&apos;on offrait au Mali était écrite ailleurs.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le 28 avril, le général Goïta assurait que « la situation est maîtrisée ». Le blocus de Bamako entre dans sa septième semaine.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;FLA · JNIM · l&apos;accord de Tinzaouatène&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Les villes au FLA, les campagnes à al-Qaïda&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Face à lui, l&apos;attelage le plus improbable de la région. Et, depuis le 25 avril, le plus efficace. D&apos;un côté, le FLA, coalition séparatiste à dominante touarègue qui veut amputer le Mali de son nord. « Laïque », dit-elle d&apos;elle-même : une étiquette taillée pour les chancelleries occidentales, et qui n&apos;a pas survécu à la première négociation avec al-Qaïda. De l&apos;autre, le JNIM d&apos;Iyad Ag Ghali, la filiale sahélienne d&apos;al-Qaïda, qui veut soumettre le pays entier à son ordre islamique. Ils se sont entretués pendant des années.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Leur accord, scellé courant 2025, est un monstre politique : pour obtenir la puissance de feu et la profondeur stratégique des jihadistes, le FLA a accepté le principe de la charia dans les zones conquises, en négociant une application adoucie. Le partage des rôles est d&apos;un cynisme absolu : les villes au FLA, les campagnes aux hommes d&apos;al-Qaïda, les juges validés par les deux mouvements avant nomination. Ce ne sont pas deux groupes qui se prêtent main-forte. C&apos;est un ordre politique de rechange qui se met par écrit.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
  &lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Kati · 25 avril · 5 h 20&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;25 avril, 5 h 20 : six villes en une nuit&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;La preuve est venue le 25 avril, à 5 h 20 du matin : des frappes simultanées contre six villes, de Kidal jusqu&apos;au cœur du pouvoir, et les verrous sécuritaires tombés en une nuit. À Kati, ville-garnison, une voiture piégée a tué le ministre de la Défense Sadio Camara chez lui, avec sa deuxième épouse et deux de ses petits-enfants. Les assaillants, selon le spécialiste Wassim Nasr, avaient « cartographié la zone, identifié les points faibles » et savaient « exactement où envoyer la voiture piégée ».&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;En soixante-douze heures, Kidal, Aguelhok et Tessalit changeaient de mains, l&apos;Africa Corps évacuait sous escorte, et la force unifiée de l&apos;AES, 15 000 hommes annoncés, répondait par des frappes aériennes sans qu&apos;un seul soldat burkinabè ou nigérien ne franchisse la frontière. Pour la première fois depuis 2012, Bamako n&apos;a plus le monopole des armes dans le nord. Et 2026 n&apos;est pas une rejouée de 2012 : à l&apos;époque, les jihadistes avaient chassé les séparatistes de leurs propres villes en quelques semaines ; cette fois, les deux ont négocié leur coexistence avant de tirer. C&apos;est ce qui rend l&apos;attelage plus solide. Et plus grave.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Bamako · blocus · 7e semaine&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Qui tient la route tient la ville&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Dans la foulée, le piège s&apos;est refermé sur la capitale. Le JNIM a décrété le blocus de Bamako, transformant les corridors vitaux qui montent de Dakar et d&apos;Abidjan en zones de guerre. Trois des six grands axes d&apos;approvisionnement sont coupés. L&apos;asphyxie est méthodique : les camions sont incendiés, le carburant ne passe plus, et le groupe jihadiste a prévenu dès novembre que tout chauffeur routier forçant le passage serait traité en cible militaire. À la frontière sénégalaise, des chauffeurs attendent depuis deux mois sans pouvoir décharger ; une dizaine de compagnies de transport ont suspendu leurs liaisons vers Bamako, selon Jeune Afrique, et les chargeurs déroutent leurs cargaisons vers Abidjan. La capitale manque de carburant ; ce qui en arrive est réservé aux centrales thermiques d&apos;EDM, et l&apos;électricité vacille quand même.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Derrière la route, la caisse : l&apos;économie de guerre du JNIM pèse environ 100 millions de dollars par an, dont 34 millions pour le seul orpaillage. L&apos;attelage des contraires a réussi ce que personne n&apos;imaginait : couper les artères d&apos;un État enclavé pour consumer le pouvoir de l&apos;intérieur. Il ne tiendra peut-être pas dix ans. Il n&apos;en a pas besoin : il lui suffit de tenir la route plus longtemps que la ville ne tient sans elle.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
  &lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Bamako · Kayes · Kidal&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;La facture arrive au marché&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Leur guerre devient la nôtre en quatre maillons. Des partenariats opaques arment tous les camps. Les camps se disputent les routes. Les routes bloquées retiennent le carburant et les céréales. Et les prix montent dans les quartiers de Bamako, où les familles stockent le riz, l&apos;huile et l&apos;eau.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Et il y a le miroir, qu&apos;on regarde moins. Un rapport de l&apos;observatoire All Eyes on Wagner, publié en février 2026, a identifié 1 417 Africains de 35 pays recrutés par des réseaux liés à Wagner pour combattre en Ukraine entre 2023 et mi-2025. Des Africains meurent dans leur guerre là-bas ; leurs vétérans viennent faire leur guerre chez nous. Les guerres des autres se sont toujours soldées en vies africaines. Cette fois, le compte tourne dans les deux sens.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Le tableau des preuves&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Ce qui est avoué, ce qui est allégué&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Ce dossier a une particularité rare : l&apos;essentiel est avoué. Le renseignement ukrainien a revendiqué son rôle dans Tinzaouatène. Le FLA a confirmé la formation de ses hommes en Ukraine. Paris, sommé de démentir l&apos;existence de ses anciens légionnaires passés côté ukrainien, ne l&apos;a pas fait. Ce qui reste allégué tient en deux points : une coordination pilotée par la France, affirmée par une seule source anonyme, et la présence d&apos;unités du GUR au sol aujourd&apos;hui, que personne n&apos;a prouvée de manière indépendante.&lt;/p&gt;
  &lt;div&gt;
    &lt;p&gt;Voici ce qui résiste à la vérification, en deux colonnes.&lt;/p&gt;
    &lt;table&gt;
      &lt;tr&gt;
        &lt;th&gt;AVOUÉ (par les intéressés)&lt;/th&gt;
        &lt;th&gt;ALLÉGUÉ (source unique)&lt;/th&gt;
      &lt;/tr&gt;
      &lt;tr&gt;
        &lt;td&gt;Renseignement ukrainien fourni aux rebelles, Tinzaouatène 2024 (Yusov, GUR).&lt;br&gt;&lt;br&gt;Combattants FLA formés aux drones FPV en Ukraine (Ramadane, 2025).&lt;br&gt;&lt;br&gt;Coopération « en première phase » avec Kyiv (Ramadane, Contre-Poison, sept. 2024).&lt;br&gt;&lt;br&gt;Ex-légionnaires ukrainiens : non-démenti écrit de Paris.&lt;/td&gt;
        &lt;td&gt;Coordination pilotée par la France : « le paravent ukrainien » (une source sécuritaire anonyme, via Malbrunot).&lt;br&gt;&lt;br&gt;Unités du GUR présentes au sol en 2026.&lt;/td&gt;

      &lt;/tr&gt;
    &lt;/table&gt;
    &lt;p&gt;Les seuls éléments probants viennent des intéressés eux-mêmes.&lt;/p&gt;
  &lt;/div&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Clôture · juin 2026&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Leur guerre, nos terres, notre addition&lt;/h2&gt;
  &lt;div class=&quot;wardiag&quot;&gt;&lt;div class=&quot;wd-grid2&quot;&gt;&lt;div class=&quot;wd-node&quot;&gt;&lt;span class=&quot;wd-name&quot;&gt;KYIV &amp;middot; UKRAINE&lt;/span&gt;&lt;span class=&quot;wd-obj&quot;&gt;Objectif : saigner la Russie&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;wd-node wd-node--dashed&quot;&gt;&lt;span class=&quot;wd-name&quot;&gt;PARIS &amp;middot; FRANCE&lt;/span&gt;&lt;span class=&quot;wd-obj&quot;&gt;Objectif : contrer Moscou, sans drapeau&lt;/span&gt;&lt;span class=&quot;wd-tag&quot;&gt;ALL&amp;Eacute;GU&amp;Eacute;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;wd-arrows2&quot;&gt;&lt;div&gt;&amp;darr; formation drones &amp;mdash; avou&amp;eacute;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&amp;#x2935; &amp;laquo; le paravent ukrainien &amp;raquo; &amp;mdash; all&amp;eacute;gu&amp;eacute;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;wd-row3&quot;&gt;&lt;div class=&quot;wd-node&quot;&gt;&lt;span class=&quot;wd-name&quot;&gt;FLA&lt;/span&gt;&lt;span class=&quot;wd-obj&quot;&gt;Objectif : un &amp;Eacute;tat au nord&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;wd-mid&quot;&gt;&amp;#x21C4;&lt;span class=&quot;wd-mid-lab&quot;&gt;accord 2025&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;wd-node&quot;&gt;&lt;span class=&quot;wd-name&quot;&gt;JNIM &amp;middot; AL-QA&amp;Iuml;DA&lt;/span&gt;&lt;span class=&quot;wd-obj&quot;&gt;Objectif : un ordre islamique&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;wd-arrow&quot;&gt;&amp;darr; blocus de Bamako &amp;mdash; 7&amp;#x1D49; semaine&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;wd-center&quot;&gt;&lt;div class=&quot;wd-node wd-node--focus&quot;&gt;&lt;span class=&quot;wd-name&quot;&gt;BAMAKO &amp;middot; MALI&lt;/span&gt;&lt;span class=&quot;wd-obj&quot;&gt;Objectif : souveraineté, reconquête&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;wd-arrow&quot;&gt;&amp;#x21C5; 10,8 M$/mois &amp;middot; 38 % de la raffinerie &amp;mdash; contre armes, veto, pas de le&amp;ccedil;ons&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;wd-center&quot;&gt;&lt;div class=&quot;wd-node&quot;&gt;&lt;span class=&quot;wd-name&quot;&gt;MOSCOU &amp;middot; RUSSIE&lt;/span&gt;&lt;span class=&quot;wd-obj&quot;&gt;Objectif : ressources minières, influence&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;wd-legend&quot;&gt;Trait plein : avou&amp;eacute; ou document&amp;eacute; &amp;middot; Trait pointill&amp;eacute; : all&amp;eacute;gu&amp;eacute;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;wd-caption&quot;&gt;&lt;b&gt;Autour du Mali, cinq agendas.&lt;/b&gt; Au centre, un seul objectif possible : tenir.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
    &lt;p&gt;Les faits entiers, les voici. Une guerre venue d&apos;ailleurs s&apos;est installée sur nos terres, et chacun y a trouvé son compte : Moscou encaisse le cash et tient bientôt la raffinerie, Kyiv s&apos;offre un second front à coût réduit, Paris un front sans drapeau avec le confort du démenti, le FLA un territoire et une technologie, le JNIM nos routes. Le gouvernement malien se bat avec les seules cartes qu&apos;on lui a laissées.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;L&apos;accord d&apos;Alger, Bamako l&apos;a enterré en 2024 : un texte écrit ailleurs, une tutelle de papier que personne n&apos;appliquait. Il l&apos;a remplacé par un deal dont tout le monde connaît les termes à Koulouba : dix millions de dollars par mois, 38 % de la raffinerie de Sénou, et une protection qui n&apos;a pas tenu Kidal. La contrainte n&apos;est plus diplomatique, elle est physique : quand les routes sont coupées et les conteneurs bloqués à Dakar et Abidjan, la marge de manœuvre se mesure en générateurs et en prix du riz. Bamako savait ce qu&apos;il achetait. Il n&apos;avait pas d&apos;autre vendeur.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Et la facture, elle, ne se discute ni à Paris, ni à Moscou, ni à Kyiv : elle se paie au marché de Bamako, dans le camion bloqué à Kayes, dans la maison quittée à Kidal. Quand la raffinerie de Sénou ouvrira, on saura qui tient vraiment l&apos;or du Mali. D&apos;ici là, retenez ceci : leur guerre, nos terres, notre addition.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;</content:encoded><enclosure url="https://terresmouvantes.org/issues/08-mali-guerre-hybride.pdf" type="application/pdf"/><category>Sahel</category><category>Afrique de l’Ouest</category></item><item><title>N°07 — Nos richesses, leur fortune</title><link>https://terresmouvantes.org/numeros/nos-richesses-leur-fortune/</link><guid isPermaLink="true">https://terresmouvantes.org/numeros/nos-richesses-leur-fortune/</guid><description>D&apos;Arlit à Simandou, pourquoi les richesses du sous-sol africain produisent encore trop souvent la fortune des autres : contrats, recherche, transformation locale et souveraineté.</description><pubDate>Sun, 21 Jun 2026 08:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Un président qui ignorait ce qui sortait de son propre sous-sol. Un ancien d&apos;Elf qui explique la méthode. Des contrats miniers écrits pour garder le pays producteur dans le noir. Ce numéro pose une question simple : pourquoi nos richesses deviennent-elles encore si souvent leur fortune ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://terresmouvantes.org/issues/07-nos-richesses-leur-fortune.pdf&quot;&gt;Télécharger le PDF&lt;/a&gt; · &lt;a href=&quot;https://terresmouvantes.org/numeros/nos-richesses-leur-fortune/&quot;&gt;Lire sur le site&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Archives · Congo · 2000-2001&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Deux aveux face caméra&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Dans une archive de 2000, le documentaire &lt;i&gt;Elf, une Afrique sous influence&lt;/i&gt;, Pascal Lissouba, président du Congo de 1992 à 1997, regarde la caméra : « Nous ne savions rien de ce qui se passe et nous n&apos;avons même pas la quantité… du pétrole qui sortait de notre pays. Nous ne la connaissons pas. » Un an plus tard, sur M6, Patrick Gantès, ex-délégué d&apos;Elf au Congo, complète sans y être invité :&lt;/p&gt;
    &lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;« On a utilisé, ou comment dire, un peu la naïveté, je dirais, des dirigeants des pays hôtes et producteurs. »&lt;cite&gt;Patrick Gantès, ex-délégué d&apos;Elf au Congo, Les Milliards d&apos;Elf, Capital (M6), 2001&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
    &lt;p&gt;Ils l&apos;avouent eux-mêmes, face caméra. Un président qui ignorait ce qui sortait de son propre sous-sol. En face, l&apos;homme d&apos;Elf explique la méthode : « on a utilisé la naïveté ». TM a retrouvé et horodaté les deux archives, croisées avec le compte rendu d&apos;audition de Lissouba devant l&apos;Assemblée nationale française en 1999 et les contrats secrets Areva-Niger consultés par Reuters. Vingt-cinq ans après ces deux aveux, le train de Simandou emporte le fer guinéen brut vers la Chine sur environ 600 km de rail, sans aciérie intégrée au projet. Le décor a changé. Le mécanisme, non.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Ce papier pose la question que les deux archives laissent ouverte : pourquoi un des sous-sols les plus riches du monde produit-il encore des pays parmi les plus pauvres ? Et qu&apos;est-ce que personne ne veut nommer dans la réponse ?&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Assemblée nationale · Londres · avril 1999&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Le procès est gagné depuis vingt-cinq ans&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Devant la mission d&apos;information de l&apos;Assemblée nationale française, en avril 1999, Lissouba précise : l&apos;État congolais touchait une redevance de 17 %, mais « il ignorait la quantité de pétrole produite. Le contrôle gouvernemental sur les quantités produites aurait été un crime de &quot;lèse-Elf&quot; », note le compte rendu officiel. En 1993, quand Elf lui refuse un crédit-relais, le même Lissouba vend à Occidental Petroleum 50 millions de barils à 3 dollars, quand le cours mondial tournait autour de 14, selon l&apos;AFP. Il sera condamné pour cela à Brazzaville en 2001, par le tribunal de Sassou-Nguesso, son vainqueur dans la guerre civile : le verdict est politique ; le prix du contrat, lui, est corroboré. Loïk Le Floch-Prigent, PDG d&apos;Elf de 1989 à 1993, résume le modèle dans le film de Patrick Benquet :&lt;/p&gt;
    &lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;« Le pétrole sort à 3-4 dollars. Et il est revendu à 80. »&lt;cite&gt;Loïk Le Floch-Prigent, PDG d&apos;Elf de 1989 à 1993, &lt;i&gt;Elf, une Afrique sous influence&lt;/i&gt;, Patrick Benquet, 2000&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
    &lt;p&gt;Donc oui : le vol est réel, documenté, avoué par ses opérateurs. Voilà le constat que tout le monde connaît. On l&apos;entend dans les taxis, dans les meetings, dans les chansons : la Françafrique, la corruption, le pillage. Tout cela est vrai. Et tout cela, en soixante ans, n&apos;a jamais sorti un seul pays de la pauvreté. Un diagnostic juste qui ne guérit rien mérite une question : que manque-t-il dans le diagnostic ?&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Le chiffre · R&amp;D · 1980-2026&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;0,4 % : le chiffre qu&apos;aucun meeting ne crie&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;L&apos;Afrique subsaharienne consacre environ 0,4 % de son PIB à la recherche-développement, selon la Banque mondiale et l&apos;UNESCO. Dans les données disponibles, de nombreux pays du continent restent sous 0,5 %. L&apos;Afrique du Sud elle-même, longtemps vitrine scientifique du continent, est retombée à 0,61 % en 2022-2023, selon son enquête nationale publiée fin 2024. La moyenne des pays de l&apos;OCDE : 2,7 % en 2023. Israël : 6,3 %. La Corée du Sud : 5 %.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Ce n&apos;est pas un objectif manqué de peu. C&apos;est un objectif que le continent s&apos;est fixé à lui-même il y a quarante-cinq ans. Le Plan d&apos;action de Lagos, adopté par l&apos;Organisation de l&apos;unité africaine en 1980, fixait le cap : 1 % du PIB en recherche avant l&apos;an 2000. Quarante-cinq ans plus tard, la moyenne continentale reste loin du cap ; la Commission économique pour l&apos;Afrique de l&apos;ONU a consacré un policy brief entier à cet objectif manqué. Aucune puissance étrangère n&apos;a signé ce renoncement-là à notre place.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Pendant ce temps, le budget rectificatif malien de 2025 affecte 16,07 % du budget national à la défense et 15,38 % à l&apos;ordre et à la sécurité publics, soit environ 31 % du budget pour ces fonctions, financés en partie par l&apos;annulation de 157 milliards de FCFA de crédits d&apos;autres secteurs. La comparaison n&apos;est pas un jugement : le Mali se bat pour exister. Elle mesure le coût du statu quo. Un pays contraint de mettre près d&apos;un tiers de son budget dans la défense et la sécurité, sur un continent qui met moins d&apos;un demi pour cent de sa richesse dans ses laboratoires, laisse à d&apos;autres une grande part de la transformation de son minerai.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Niamey · contrats Areva · 2001-2013&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Le contrat écrit pour que tu ne saches jamais&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Reuters a consulté les accords signés en 2001 entre Areva et le Niger, restés confidentiels. Ils fixaient la redevance sur l&apos;uranium à 5,5 % de la valeur produite. À titre de comparaison, Reuters citait un taux de 13 % en Saskatchewan, au Canada, et de 18,5 % au Kazakhstan.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Les accords exonéraient également Areva de droits d&apos;exportation sur l&apos;uranium et de taxes douanières sur de nombreux équipements importés, jusqu&apos;aux vêtements de protection. Une clause protégeait ces avantages contre les modifications introduites par la loi minière nigérienne de 2006. Une autre garantissait à Areva tout avantage plus favorable accordé ensuite à un concurrent. Le Niger pouvait commander des audits, mais leurs résultats devaient rester confidentiels.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Coût des seules exonérations pour l&apos;État nigérien : 23 à 30 millions d&apos;euros par an, selon le ministre des Mines d&apos;alors, Omar Hamidou Tchiana, qui rappelait aussi qu&apos;en plus de quarante ans, Areva n&apos;avait même pas construit un siège au Niger. On ne rédige pas ces clauses pour préparer son partenaire à l&apos;autonomie. On les rédige pour que rien ne change.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Relisez la clause d&apos;audit à la lumière de l&apos;archive de 2000. Lissouba ignorait la quantité de pétrole qui sortait du Congo ; une génération plus tard, les résultats de tout audit commandé par le Niger devaient rester strictement confidentiels. Même ce qu&apos;il pouvait voir restait illisible : les coûts de production de la mine de la Somaïr ont doublé en cinq ans, de 19 783 à 40 146 FCFA le kilo entre 2006 et 2011, selon un document confidentiel du ministère des Mines consulté par Reuters. Syndicats et ONG y voient des bénéfices imposables artificiellement minorés par les prix de transfert ; Areva dément. Pour 2011, Areva déclare 82 millions d&apos;euros versés à l&apos;État ; le décompte de l&apos;ITIE, l&apos;Initiative pour la transparence dans les industries extractives, n&apos;en trouve que 66,3. Le pays producteur ne pouvait pas publier ses propres audits. Ce n&apos;est pas de la naïveté. C&apos;est l&apos;architecture, la même de Brazzaville 1992 à Arlit 2013.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le scandale n&apos;est donc pas un chèque volé chaque année. C&apos;est un système fait de secret, d&apos;exonérations et de prix de transfert que syndicats et ONG accusent d&apos;avoir minoré la part nigérienne, pendant qu&apos;une ampoule française sur trois s&apos;éclairait à l&apos;uranium nigérien et que près de 90 % des Nigériens vivaient sans électricité, selon Oxfam France. Sans transformation chez soi, même la rente vous échappe.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
&lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Le document · contrats consultés par Reuters&lt;/div&gt;
&lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Le scandale n&apos;est pas le prix de vente. C&apos;est l&apos;architecture du contrat.&lt;/h2&gt;
&lt;figure&gt;&lt;div class=&quot;flow-callout&quot;&gt;
  &lt;p&gt;Ce que le Niger touche sur son propre uranium, comparé aux autres grands producteurs. Redevance sur la valeur produite :&lt;/p&gt;
  &lt;div class=&quot;rf-bars&quot;&gt;&lt;div class=&quot;rf-row&quot;&gt;&lt;span class=&quot;rf-lab&quot;&gt;NIGER (contrat Areva 2001)&lt;/span&gt;&lt;span class=&quot;rf-bar rf-bar--accent rf-bar--w30&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&quot;rf-val&quot;&gt;5,5 %&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;rf-row&quot;&gt;&lt;span class=&quot;rf-lab&quot;&gt;SASKATCHEWAN (Canada)&lt;/span&gt;&lt;span class=&quot;rf-bar rf-bar--w70&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&quot;rf-val&quot;&gt;13 %&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;rf-row&quot;&gt;&lt;span class=&quot;rf-lab&quot;&gt;KAZAKHSTAN&lt;/span&gt;&lt;span class=&quot;rf-bar rf-bar--w100&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&quot;rf-val&quot;&gt;18,5 %&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
  &lt;div class=&quot;rf-note&quot;&gt;
    &lt;p&gt;&lt;b&gt;Et dans les clauses, jamais publiées :&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Zéro droit d&apos;exportation sur l&apos;uranium · zéro taxe ni douane, « jusqu&apos;aux vêtements de protection » · clause de stabilité : la loi minière de 2006 ne s&apos;applique pas · clause du mieux-disant : tout avantage négocié par un concurrent revient à Areva · tout audit commandé par le Niger reste strictement confidentiel&lt;/p&gt;
  &lt;/div&gt;
  &lt;p&gt;&lt;b&gt;Verdict :&lt;/b&gt; ces exonérations coûtaient 23 à 30 millions d&apos;euros par an à l&apos;État nigérien, selon son ministre des Mines. Le pays exportait le combustible d&apos;une ampoule française sur trois ; 90 % des Nigériens vivaient sans électricité.&lt;/p&gt;
  &lt;p&gt;Source : Reuters, &lt;i&gt;Special Report « Atomic split »&lt;/i&gt;, 5 février 2014 (contrats 2001 consultés) · Oxfam France, 2013&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Le mythe · bases étrangères · Pékin&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Les compétences se prennent, ne se donnent pas&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Nombre de conventions minières et d&apos;accords de défense promettent pourtant le contraire : « transfert de compétences », « contenu local », « formation ». Posez la question à voix haute : pourquoi votre exploiteur vous apprendrait-il à vous passer de lui ?&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;La même mécanique porte l&apos;uniforme à travers le continent. Des puissances étrangères, occidentales ou nouvelles, installent bases et missions au nom de la « formation », de la « coopération sécuritaire » ou de la « stabilisation ». Elles promettent des armées locales autonomes. Pourtant, après des années de programmes présentés comme de la « formation », beaucoup dépendent encore de leurs partenaires pour le renseignement, la maintenance, la logistique et certaines opérations. Quand une puissance se retire, une autre reprend souvent les contrats, les instructeurs et parfois les bases. La dépendance change de partenaire ; elle ne disparaît pas.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Parfois, cette dépendance monte jusqu&apos;au palais. Au Gabon, en février 1964, des parachutistes français ont renversé le gouvernement provisoire issu d&apos;un coup d&apos;État et réinstallé Léon Mba à la présidence. Le dirigeant restauré a ensuite vécu sous protection militaire française, dans un pays où Paris défendait d&apos;importants intérêts pétroliers et miniers. Le mécanisme dépasse donc l&apos;économie : un pouvoir dépend d&apos;une puissance étrangère pour sa sécurité et son maintien ; cette puissance conserve en retour un levier sur l&apos;État, ses contrats et ses ressources. Même technique, autre secteur. Créer la dépendance, puis convertir cette dépendance en influence et en profit.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Ceux qui ont rattrapé leur retard n&apos;ont rien attendu de tel. Le Japon d&apos;après 1945 a étudié, copié, acheté et adapté la technologie occidentale. La Chine a fait de même : coentreprises imposées, ingénierie inverse, espionnage industriel compris. Résultat en 2024 : 1,8 million de demandes de brevets déposées en Chine, 49,1 % du total mondial, selon l&apos;OMPI.&lt;/p&gt;
    &lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;Les compétences ne se donnent pas. Elles se prennent, s&apos;achètent, se copient. C&apos;est la seule règle du jeu que personne n&apos;écrit dans les conventions.&lt;/div&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Étage 1 · négocier · Gaborone&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Botswana : mieux négocier n&apos;a pas suffi&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Le Botswana est la vitrine de la réussite minière africaine et l&apos;un des premiers producteurs mondiaux de diamants en valeur. C&apos;est ici qu&apos;un accord très favorable à l&apos;État producteur n&apos;a pas suffi. L&apos;État détient 50 % de Debswana, le fleuron minier national détenu à parts égales avec De Beers. Il a obtenu le transfert des activités de vente de De Beers de Londres à Gaborone dès 2011, et l&apos;accord conclu en 2023 doit porter progressivement de 30 % à 50 % la part de la production de Debswana attribuée à l&apos;entreprise publique Okavango Diamond Company, avec taille locale, laboratoire de gradation et fonds de développement.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Voici ce que ce deal vaut en 2026 : production en chute de 39 % entre 2023 et 2025, deux années de récession, un déficit budgétaire estimé à 9,3 % du PIB et 12 millions de carats invendus en stock. Une cause structurelle vient des laboratoires : le diamant synthétique est passé d&apos;environ 1 % à près de 20 % du marché mondial en dix ans et coûte nettement moins cher. Il possède les mêmes propriétés chimiques et physiques que le diamant naturel, tout en restant détectable avec des instruments spécialisés.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le Botswana n&apos;a rien fait de mal. Il a tout fait mieux que les autres, et il s&apos;effondre quand même, parce que son économie restait assise sur une matière première unique qu&apos;une machine peut désormais fabriquer. Négocier mieux est un étage. Ce n&apos;est pas un toit.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Étage 2 · transformer · Lagos&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Dangote : une seule variable a changé&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Le Nigeria, premier producteur de brut du continent, a importé son essence pendant des décennies. Le pétrole sortait brut, revenait raffiné, et la différence de prix restait chez les raffineurs des autres. Depuis février 2026, la raffinerie Dangote, conçue pour 650 000 barils par jour et présentée comme la plus grande unité single-train du monde, tourne à pleine capacité. Elle alimente le marché nigérian et exporte des produits raffinés vers plusieurs pays africains et au-delà. L&apos;introduction en bourse annoncée en mai 2026 vise une valorisation de 50 milliards de dollars. Annoncée, pas acquise.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Même pétrole. Même pays. La variable décisive a changé : une part bien plus importante de la transformation se fait sur place. L&apos;expérience ne dit pas que Dangote est un saint ni que le Nigeria est sauvé. Elle dit que l&apos;écart entre exporter du brut et exporter du raffiné se mesure en milliards, et qu&apos;une raffinerie peut déplacer une partie de cette valeur en une décennie quand le capital s&apos;y met.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;En direct · Simandou · Conakry&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Simandou : l&apos;erreur se rejoue sous nos yeux&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Pendant que le Botswana encaisse et que Dangote exporte, la Guinée inaugure. Simandou, présenté par Rio Tinto comme le plus grand gisement inexploité de minerai de fer à haute teneur au monde, est entré en production en novembre 2025 ; le premier chargement a quitté la Guinée en décembre. Le projet comprend environ 600 km de rail et vise jusqu&apos;à 120 millions de tonnes par an pour l&apos;ensemble des partenaires. Investissement annoncé : 21,5 milliards de dollars. Croissance projetée : 9,3 % en 2026.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Et les premiers chargements de fer sont partis bruts vers la Chine. Ce que la Guinée a obtenu : 15 % sans apport dans la Compagnie du TransGuinéen, qui détient l&apos;infrastructure commune, un objectif de 40 % de sous-traitance locale d&apos;ici 2030, et le programme « Simandou 2040 », avec un accord signé le 22 mai 2026 pour une raffinerie d&apos;alumine à Boffa (1,68 milliard de dollars, avec le chinois Chalco).&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;« Simandou 2040 » est un slogan de communication tant que le béton n&apos;est pas coulé. Le précédent local impose la prudence : la Guinée signe des accords de raffineries depuis les années 1960, et Friguia, construite par Pechiney à Fria, entrée en production en 1960, première raffinerie d&apos;alumine du continent, reste à ce jour la seule opérationnelle de l&apos;histoire du pays. L&apos;essentiel de la bauxite part encore brut. Soixante-cinq ans de promesses, une usine. La question, posée au présent : quand le fer part brut, que reste-t-il en Guinée, hors taxes et salaires ?&lt;/p&gt;
    &lt;div class=&quot;cycle-box&quot;&gt;&lt;div class=&quot;cycle-title&quot;&gt;Le cycle guinéen&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;cycle-step cycle-step--fill&quot;&gt;&lt;b&gt;1. Extraire&lt;/b&gt; · Bauxite et fer&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;cycle-arrow&quot;&gt;↓&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;cycle-step&quot;&gt;&lt;b&gt;2. Promettre&lt;/b&gt; · Raffineries et transformation locale&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;cycle-arrow&quot;&gt;↓&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;cycle-step cycle-step--fill&quot;&gt;&lt;b&gt;3. Exporter brut&lt;/b&gt; · Ports guinéens → Chine&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;cycle-arrow&quot;&gt;↺&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;cycle-step&quot;&gt;&lt;b&gt;4. Recommencer&lt;/b&gt; · Avec le prochain accord&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;cycle-note&quot;&gt;65 ans plus tard : une seule raffinerie d&apos;alumine opérationnelle dans l&apos;histoire du pays, Friguia.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Sécurité · or artisanal · Sahel&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Le sous-sol brut paie la guerre chez nous&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Le minerai brut ne finance pas seulement l&apos;économie des autres. Il finance la guerre chez nous.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Un minerai brut peut circuler discrètement et être taxé par ceux qui contrôlent la route. Une usine, elle, est fixe et plus traçable. Cette différence-là se paie en vies. Au sud du Burkina et à l&apos;ouest du Mali, le JNIM (Jama&apos;at Nusrat al-Islam wal Muslimin) contrôle des sites d&apos;orpaillage et prélève sa « taxe » sur les mineurs, selon les travaux de Flore Berger pour l&apos;institut GI-TOC. Dans plusieurs pays du Sahel, l&apos;or artisanal alimente les revenus de groupes armés.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le grand livre de cette tragédie s&apos;écrit à Rubaya, dans l&apos;est de la République démocratique du Congo. Là, le M23, soutenu par le Rwanda selon les experts de l&apos;ONU, contrôle des mines qui fournissent environ 15 % du coltan mondial. Le groupe taxe chaque kilo, impose du travail forcé sur les routes minières et tire des centaines de milliers de dollars par mois du minerai. Le coltan traverse ensuite la frontière, se mélange à la production rwandaise, puis rejoint les fonderies de Chine et du Kazakhstan.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Au bout de la chaîne, Global Witness estime que ce coltan a probablement pénétré les approvisionnements d&apos;Amazon, Nvidia, Sony, Microsoft et d&apos;autres géants. Le sang du Kivu finit dans nos téléphones. À Rubaya, le sous-sol congolais est une banque à ciel ouvert pour la guerre : le minerai sort, l&apos;argent revient aux armes, le produit fini arrive dans nos mains.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Les partenaires aussi avancent vers le sous-sol. En novembre 2025, l&apos;entreprise russe Yadran annonce avec Bamako une raffinerie d&apos;or de 200 tonnes par an. Depuis juin 2025, Africa Corps, rattaché au ministère russe de la Défense, a remplacé Wagner comme principale force russe au Mali. Ces deux faits ne prouvent pas que la raffinerie finance Africa Corps. Ils montrent que coopération militaire et projets aurifères russes avancent désormais en parallèle.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;La chaîne tient en quatre maillons. Une mine d&apos;or non déclarée → le groupe armé prélève sa « taxe » → la taxe achète des armes → les armes coupent une route, et le riz monte au marché de Gao. Le sous-sol brut arrive dans le bol de riz. Voilà ce que coûte, concrètement, l&apos;usine qui n&apos;a pas été construite : tant que la richesse sort de terre sous forme liquide et anonyme, elle arme ceux qui nous tuent, et elle paie ceux qui prétendent nous défendre.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
&lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;La hiérarchie · trois étages de sortie&lt;/div&gt;
&lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Négocier protège mal. Transformer protège mieux. Le savoir, seul, s&apos;accumule.&lt;/h2&gt;
&lt;figure&gt;&lt;div&gt;
  &lt;p&gt;Trois étages de sortie du piège du sous-sol. Chaque étage protège de moins en moins mal :&lt;/p&gt;
  &lt;table&gt;
    &lt;tr&gt;
      &lt;th&gt;Étage&lt;/th&gt;
      &lt;th&gt;Cas&lt;/th&gt;
      &lt;th&gt;Résultat&lt;/th&gt;
    &lt;/tr&gt;
    &lt;tr&gt;
      &lt;td&gt;&lt;b&gt;1. Négocier&lt;/b&gt;&lt;/td&gt;
      &lt;td&gt;Botswana : État copropriétaire à 50 % de Debswana, part d&apos;Okavango appelée à monter&lt;/td&gt;
      &lt;td&gt;Double récession, déficit de 9,3 % du PIB : le diamant de laboratoire a contourné le contrat&lt;/td&gt;
    &lt;/tr&gt;
    &lt;tr&gt;
      &lt;td&gt;&lt;b&gt;2. Transformer&lt;/b&gt;&lt;/td&gt;
      &lt;td&gt;Dangote (Nigeria) : raffiner son propre brut&lt;/td&gt;
      &lt;td&gt;Davantage de raffinage local et des exportations vers plusieurs marchés&lt;/td&gt;
    &lt;/tr&gt;
    &lt;tr&gt;
      &lt;td&gt;&lt;b&gt;3. Savoir&lt;/b&gt;&lt;/td&gt;
      &lt;td&gt;Chine : 49,1 % des brevets mondiaux en 2024&lt;/td&gt;
      &lt;td&gt;Une capacité qui s&apos;accumule par la formation, la recherche et la pratique&lt;/td&gt;
    &lt;/tr&gt;
  &lt;/table&gt;
  &lt;p&gt;&lt;b&gt;Verdict :&lt;/b&gt; le minerai s&apos;épuise, l&apos;usine se copie, le savoir s&apos;accumule.&lt;/p&gt;
  &lt;p&gt;Sources : De Beers / Agence Ecofin · Bloomberg · OMPI, &lt;i&gt;World Intellectual Property Indicators 2025&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Clôture · la ressource majoritaire&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;La seule ressource qu&apos;aucun laboratoire ne copie&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Reprenons la hiérarchie, du bas vers le haut. Se faire piller : le sort documenté par Lissouba et Gantès. Mieux négocier : l&apos;étage Botswana, nécessaire, insuffisant, à la merci d&apos;une rupture technologique. Transformer : l&apos;étage Dangote, des milliards récupérés, mais une usine se finance, se copie, se concurrence. Reste le dernier étage, le seul que rien ne menace.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le diamant se fabrique désormais en laboratoire. Le fer peut être remplacé ou recyclé. Le pétrole affronte la transition énergétique. Une capacité collective de savoir, elle, ne s&apos;importe pas clé en main : elle s&apos;accumule là où on la cultive. La ressource majoritaire du continent n&apos;est dans aucune convention minière : plus de 60 % de la population a moins de 25 ans, âge médian autour de 19 ans, et elle attend des laboratoires, des bourses, des usines-écoles que les budgets actuels ne prévoient pas.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Lissouba ne savait pas ce qui sortait de son sous-sol. Soixante ans après les indépendances, la vraie question n&apos;est plus ce qu&apos;on nous prend. C&apos;est ce que nous n&apos;avons toujours pas construit pour le garder. Et le 0,4 % dit que, pour l&apos;instant, la réponse nous appartient.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;</content:encoded><enclosure url="https://terresmouvantes.org/issues/07-nos-richesses-leur-fortune.pdf" type="application/pdf"/><category>Sahel</category><category>Afrique de l’Ouest</category></item><item><title>N°06 — Qui tiendra le Sahel ?</title><link>https://terresmouvantes.org/numeros/apres-la-bataille-qui-tiendra-le-sahel/</link><guid isPermaLink="true">https://terresmouvantes.org/numeros/apres-la-bataille-qui-tiendra-le-sahel/</guid><description>Du prix mis sur la tête d&apos;Iyad Ag Ghaly à la frontière rouverte entre le Bénin et le Niger : pourquoi aucune de ces tactiques sécuritaires ne tient le Sahel sans un État capable de bâtir l&apos;après.</description><pubDate>Sun, 14 Jun 2026 08:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Deux milliards de francs CFA sur la tête d&apos;un chef jihadiste, une nationalité retirée à une opposante, une frontière qu&apos;on rouvre entre voisins fâchés. Trois gestes de sécurité, trois pays. Ce numéro demande ce qu&apos;ils ont en commun, et ce qui leur manque : un État présent sur les routes, dans les marchés et auprès des habitants une fois la bataille finie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://terresmouvantes.org/issues/06-apres-la-bataille-qui-tiendra-le-sahel.pdf&quot;&gt;Télécharger le PDF&lt;/a&gt; · &lt;a href=&quot;https://terresmouvantes.org/numeros/apres-la-bataille-qui-tiendra-le-sahel/&quot;&gt;Lire sur le site&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;country-banner&quot;&gt;Mali&lt;/div&gt;
  &lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Bamako · 4 juin 2026 · ministère de la Sécurité&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Une tête mise à prix&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Le communiqué tient en quelques lignes. Le 4 juin 2026, le ministère malien de la Sécurité et de la Protection civile offre 2 milliards de francs CFA, environ 3 millions d’euros, pour toute information menant à l’arrestation ou la neutralisation d’Iyad Ag Ghaly, chef historique du Jama’at Nusrat al-Islam wal Muslimin (JNIM), la branche sahélienne d’al-Qaïda. Six autres noms suivent, dont Amadou Kouffa ; en tout, sept têtes, 7,5 milliards de francs.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Posée à Bamako, à Sévaré ou à Mopti, la question paraît tranchée d’avance. Ag Ghaly est l’homme que la plupart des Maliens tiennent pour l’architecte de leurs malheurs ; qui, ici, plaiderait pour lui ? Et pourtant la question mérite d’être posée, parce qu’elle décide de la suite : la force seule a-t-elle, quelque part, suffi à finir une guerre ?&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le geste dit aussi autre chose. Il y a cinq ans, Bamako parlait. En février 2020, le président Ibrahim Boubacar Keïta reconnaissait publiquement des contacts avec Ag Ghaly et Kouffa ; la Conférence d’entente nationale de 2017 avait recommandé le dialogue, et le nom de l’imam Mahmoud Dicko revenait comme médiateur possible. La prime referme cette porte, au moins publiquement. Après avoir exploré le dialogue, l’État malien affiche désormais la décapitation du commandement comme sa réponse prioritaire.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
  &lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Le contexte · de Touré à Goïta&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;L’aveu d’un échec plus ancien&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Et ce virage ne juge pas que la transition. Il solde un échec plus ancien. Avant Goïta, les présidents élus n’avaient pas mieux réussi : c’est sous Amadou Toumani Touré que l’État s’est effondré au Nord en 2012 ; c’est sous Ibrahim Boubacar Keïta que l’insécurité a gagné le centre du pays, avant qu’il soit emporté par la rue et un coup d’État en août 2020. On entend même, à Bamako, que ce sont ces régimes-là, élus et salués comme démocratiques, qui ont laissé pourrir ce que la transition combat aujourd’hui. La prime n’est donc pas qu’un choix : c’est l’aveu qu’aucun pouvoir malien, urne ou treillis, n’a encore su éteindre cette guerre.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;La prime pose donc une question plus large que le sort d’Iyad Ag Ghaly. Une armée peut reprendre une ville, défendre une capitale, désorganiser un commandement ; des voisins qui se remettent à travailler ensemble peuvent mieux surveiller une frontière et partager un renseignement. Le Sahel aura besoin des deux. Leur valeur se mesurera à ce qu’ils permettent ensuite de construire et de tenir.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Mali · 2013-2026 · le terrain&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;L’armée a progressé, la guerre s’est déplacée&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Il faut le dire avant de critiquer : l’armée malienne d’aujourd’hui n’est plus celle de 2013. Elle s’est équipée, réorganisée, durcie. Lors des attaques coordonnées du 25 avril 2026, Bamako, Kati, Sévaré et l’aéroport de Senou ont été frappés le même jour ; le ministre de la Défense Sadio Camara a été tué. La défense centrale a tenu. En novembre 2023, l’armée avait repris Kidal, verrou du Nord que l’État n’avait pas tenu depuis 2014. Ce sont des faits, et ils comptent.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Mais la guerre, elle, a changé d’adresse. Le JNIM ne cherche plus seulement à prendre des positions : il étrangle. Depuis septembre 2025, il vise les routes qui nourrissent Bamako : l’axe Dakar–Kayes–Bamako, la route d’Abidjan par Sikasso. En septembre 2025, sur l’axe venu du Sénégal, des dizaines de camions-citernes d’un convoi escorté par l’armée malienne sont incendiés. En trois mois, certaines sources comptent plusieurs centaines de camions-citernes qui brûlent sur ces corridors.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
  &lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Bamako · octobre 2025-mars 2026 · à la pompe&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Couper la route, c’est frapper la ville&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Couper la route, ce n’est pas frapper l’armée. C’est frapper la ville. Le carburant manque, les prix grimpent, le riz et le mil montent au moment où ils devraient baisser. Les témoignages se multiplient. À Bamako, en octobre 2025, Karim Coulibaly, chauffeur de bus, dormait sur la chaussée d’une station-service depuis deux nuits pour un plein.&lt;/p&gt;
    &lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;« Nous attendons le gasoil depuis vendredi. Aujourd’hui, c’est lundi. »&lt;cite&gt;Ousmane Dembélé, ligne Bamako–Koutiala, mars 2026&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
    &lt;p&gt;Six mois plus tard, les pénuries persistaient, racontait Ousmane Dembélé sur la ligne Bamako–Koutiala. Le calcul du JNIM est là : fabriquer la pénurie, laisser monter la colère, espérer que la rue se retourne contre le pouvoir. La sécurité ne se joue plus seulement sur le champ de bataille. Elle se joue dans la file d’attente d’une pompe à essence.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Le système · or, taxes, frontières&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Ag Ghaly est un chef, le JNIM est un système&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Une prime vise un homme. Or le JNIM n’est plus un homme, ni même un état-major. C’est devenu un système : il taxe, il protège, il autorise, il recrute. Des groupes armés imposent des droits de passage et de protection aux mineurs d’or, contrôlent des marchés, prélèvent sur la contrebande ; l’or artisanal représenterait environ la moitié de la production aurifère régionale. Là où l’État recule sur un axe, le JNIM encaisse à sa place. Tuer la tête n’éteint pas la caisse.&lt;/p&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Et si c’était l’étranger ?&lt;/div&gt;
    &lt;p&gt;Reste l’argument qu’on entend partout, du palais aux taxis : si le Sahel n’arrivait pas à venir à bout d’une insurrection aussi tenace, c’est qu’elle est nourrie de l’extérieur. L’argument n’est pas vide. En 2024, après les combats de Tinzaouatène, le renseignement militaire ukrainien a laissé entendre qu’il avait renseigné les rebelles touaregs du Nord, assez pour que Bamako et Niamey rompent avec Kiev. On a voulu vite séparer les choses : on aiderait les rebelles touaregs, pas les jihadistes. Sur le terrain, la ligne ne tient pas. Le 25 avril, le Front de libération de l’Azawad et le JNIM ont frappé le même jour ; dans le Nord, chefs, hommes et armes passent d’un camp à l’autre. Les directions des deux bords sortent souvent du même milieu, l’aristocratie ifoghas du Kidal, liée par le sang et les mariages, et Iyad Ag Ghaly lui-même est passé de la rébellion touarègue à al-Qaïda. Renforcer l’un, c’est servir l’offensive que l’autre mène.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
  &lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Le Sahel · l’enjeu régional&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Le choix malien dépasse le Mali&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Mais même un soutien venu de l’étranger n’explique pas tout. Ceux qui misent tout sur la force devraient l’admettre : là où manquent l’État, l’école, le dispensaire et l’emploi, le FLA et le JNIM trouvent leurs recrues. L’aide extérieure explique une partie de la résilience des groupes armés. Elle n’explique pas pourquoi un berger du Macina ou un orpailleur de Kayes finit par voir dans le groupe armé un meilleur employeur que l’État.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le choix malien dépasse le Mali. Le JNIM frappe les routes qui relient les États enclavés aux ports côtiers, opère dans le nord du Bénin et du Togo, et cherche à étendre son influence vers le Ghana. Et il ne fait pas qu’attaquer : là où l’État recule, il administre déjà une forme d’ordre. Il taxe les passages, protège certaines activités, recrute. C’est ce qui rend l’après décisif. Pendant que l’AES et la CEDEAO se séparent politiquement, le groupe armé exploite leurs frontières, leurs brouilles et leurs trous de renseignement. Le futur du Sahel ne se décidera donc pas seulement sur qui gagne les combats, mais sur qui saura construire l’ordre politique, économique et régional qui vient après, avant que celui du JNIM ne s’enracine.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;div class=&quot;country-banner&quot;&gt;Niger&lt;/div&gt;
  &lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Niamey · 11 juin 2026 · déchéance de nationalité&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Au Niger, retirer l’ennemi de la nation&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Le 11 juin 2026, Niamey retire provisoirement la nationalité nigérienne à Mariama Djibrine, figure de l’opposition en exil, accusée d’« intelligence avec une puissance étrangère ». Le mot « provisoire » ne traduit pas une hésitation : l’ordonnance d’août 2024 prévoit que la déchéance devient définitive après une condamnation à au moins cinq ans de prison.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Plusieurs voix y dénoncent une atteinte aux libertés individuelles et à la démocratie. Le pouvoir nigérien ne répond pourtant pas à une opposition entièrement désarmée. Depuis le renversement du président élu Mohamed Bazoum, plusieurs groupes ont choisi l’action armée. Le Front patriotique pour la libération a saboté l’oléoduc qui porte le brut nigérien vers le Bénin ; le Front patriotique pour la justice a enlevé le préfet de Bilma. Tous réclament, sous différentes formes, la fin du pouvoir du général Tiani.&lt;/p&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Avant jugement&lt;/div&gt;
    &lt;p&gt;La déchéance donne à Niamey un outil contre ceux qui combattent l’État tout en utilisant sa nationalité, ses réseaux ou ses protections. Dans sa logique, aider une puissance étrangère ou un groupe armé peut valoir rupture définitive avec la communauté nationale. Mais une liste administrative ne détruit ni une rébellion ni les raisons qui lui permettent de recruter. Plus elle réunit des chefs armés, d’anciens responsables publics et des opposants en exil, plus elle confie au pouvoir une décision lourde : déterminer, avant jugement, qui appartient encore à la nation. Comme la prime malienne, la déchéance nigérienne peut isoler, punir, désorganiser. Elle ne dit pas encore quel espace politique restera pour ceux qui renoncent aux armes, ni comment l’État transformera une victoire punitive en ordre durable.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;div class=&quot;country-banner&quot;&gt;Algérie&lt;/div&gt;
  &lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Alger · décennie noire · 1992-2005&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Gagner militairement ne suffit pas à finir une guerre&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Le Sahel a un précédent sous les yeux, de l’autre côté du Sahara. Dans les années 1990, l’Algérie a affronté sa propre insurrection islamiste armée : une décennie de guerre dont les estimations les plus hautes approchent 200 000 morts. L’armée a frappé, encerclé, repris le terrain, sans clore le conflit pour autant. Ce qui l’a refermé, c’est la combinaison de deux choses : la pression armée a réduit les groupes, et les redditions, les amnisties (concorde civile de 1999, réconciliation nationale de 2005) et la réintégration des combattants ont fermé la porte de sortie. L’une sans l’autre n’aurait pas suffi.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le précédent ne dit pas à Bamako de négocier demain avec Ag Ghaly, et il a un revers lourd : la paix algérienne s’est payée d’une amnistie qui a effacé les comptes, enterré la justice pour des milliers de disparus, protégé des bourreaux. Voilà ce qu’une sortie coûte aussi. Mais il montre ce que la prime, seule, ne dit pas. La force ouvre une fenêtre ; encore faut-il savoir quoi y construire.&lt;/p&gt;
    &lt;figure&gt;
      &lt;img src=&quot;assets/victoire-militaire-etape.png&quot; alt=&quot;Une main tient une pancarte portant le message : La victoire militaire n’est qu’une étape&quot;&gt;
      &lt;figcaption&gt;Illustration : Terres Mouvantes&lt;/figcaption&gt;
    &lt;/figure&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;div class=&quot;country-banner&quot;&gt;Bénin&lt;/div&gt;
  &lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Cotonou–Niamey · 2-5 juin 2026 · la frontière&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Au Bénin, parler au voisin devient un outil de sécurité&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;À mille kilomètres au sud, une autre capitale agit sur l’autre versant du problème. Le Bénin affronte désormais à sa frontière nord ce que le Mali combat depuis dix ans. Or, pour tenir cette ligne, le meilleur partenaire de Cotonou, c’est précisément le voisin avec qui elle ne parlait plus : le Niger. La frontière terrestre reste fermée depuis le 30 juillet 2023, malgré la reprise des exportations de brut par Sèmè en août 2024, sur fond d’accusations croisées autour de supposées « bases françaises » (lire notre N°04).&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Patrice Talon ne pouvait pas dénouer ce nœud : il en était lui-même partie. Son successeur Romuald Wadagni, investi fin mai, le peut, parce qu’il arrive avec un visage neuf et que le Bénin y a intérêt, économiquement comme sécuritairement. Le 2 juin, il est à Niamey. Le 5 juin, le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine installe un comité chargé d’examiner, en quinze jours, les conditions de réouverture de la frontière. Le rapport est attendu avant le 20 juin.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Ce comité mixte, né du communiqué conjoint signé le 2 juin par Wadagni et le président nigérien Abdourahamane Tiani, réunit des experts des deux États. Il ne constitue pas un commandement antiterroriste : son mandat couvre les obstacles sécuritaires, administratifs, douaniers et techniques à la réouverture. Cotonou et Niamey ne sont pas encore alliés militairement ; ils recommencent à travailler ensemble. Cotonou ne traite pas avec des jihadistes : elle se raccommode avec un État voisin après une brouille entre gouvernements. Le Mali, lui, fait la guerre à un groupe armé qui tue et pille depuis plus de dix ans. On ne parle pas au JNIM comme on rouvre une frontière, et personne ne le propose. Mais le JNIM prospère dans les interstices : frontières fermées, voisins brouillés, renseignement qui ne circule plus. Une frontière surveillée à deux, c’est une de ces brèches en moins.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Le choix sécuritaire&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Aucun de ces gestes n’anticipe l’après&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;La force reste nécessaire. Aucun État ne peut abandonner ses routes, ses villes et ses habitants à un groupe armé ; la reprise de Kidal et la défense du 25 avril montrent ce que l’armée malienne sait faire, et la prime peut encore désorganiser le commandement du JNIM.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;La prime décapite, la déchéance retranche, le comité mixte répare un mécanisme régional. Aucun de ces gestes ne s’annule ; tous répondent à une faiblesse réelle. Mais leur limite commence au même endroit : ni une tête neutralisée, ni un opposant déchu, ni une frontière mieux administrée ne remplacent un État présent sur les routes, dans les marchés et auprès des populations.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le résultat ne se lira donc pas seulement dans le sort d’Iyad Ag Ghaly ou dans la réouverture de Malanville. Il se lira dans une scène plus ordinaire : un camion qui atteint Bamako sans payer un groupe armé, sur une route tenue par un État capable de travailler avec ses voisins.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
  &lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;À surveiller&lt;/h2&gt;
    &lt;ul&gt;
      &lt;li&gt;Le rapport du comité Bénin–Niger (échéance vers le 20 juin) : réouverture réelle ou calendrier reporté.&lt;/li&gt;
      &lt;li&gt;La prime du 4 juin produit-elle un effet, ou reste-t-elle un acte d’affichage ? Tout signe de canal indirect rouvert par Bamako.&lt;/li&gt;
      &lt;li&gt;Les routes Dakar–Bamako (RN1) et Abidjan–Sikasso : fréquence des attaques, prix du carburant à Bamako.&lt;/li&gt;
      &lt;li&gt;Le nord du Bénin, du Togo et du Ghana : signaux de propagation du JNIM.&lt;/li&gt;
      &lt;li&gt;Niger : élargissement du fichier de déchéance ; sort de Mariama Djibrine ; nouvelles attaques du FPL sur l’oléoduc.&lt;/li&gt;
    &lt;/ul&gt;
  &lt;/section&gt;</content:encoded><enclosure url="https://terresmouvantes.org/issues/06-apres-la-bataille-qui-tiendra-le-sahel.pdf" type="application/pdf"/><category>Sahel</category><category>Afrique de l’Ouest</category></item><item><title>N°05 — Une fin et un renouveau</title><link>https://terresmouvantes.org/numeros/fin-senegal-renouveau-benin-aes/</link><guid isPermaLink="true">https://terresmouvantes.org/numeros/fin-senegal-renouveau-benin-aes/</guid><description>Divorce Faye-Sonko acté à Diamniadio, comité Bénin-Niger pour rouvrir la frontière : deux crises, une même logique — l&apos;argent est plus pressé que la politique.</description><pubDate>Sun, 07 Jun 2026 08:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;À Dakar, le congrès du Pastef transforme un divorce personnel en scission institutionnelle. À Cotonou, Wadagni court réparer ce que trois ans de rupture ont cassé. Dans les deux cas, les vrais décideurs ne sont pas ceux qu&apos;on filme : le FMI, la CNPC, les créanciers obligataires et les groupes armés tiennent les cartes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://terresmouvantes.org/issues/05-fin-senegal-renouveau-benin-aes.pdf&quot;&gt;Télécharger le PDF&lt;/a&gt; · &lt;a href=&quot;https://terresmouvantes.org/numeros/fin-senegal-renouveau-benin-aes/&quot;&gt;Lire sur le site&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Dakar · 2 juin 2026 · conférence de presse&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;« Le compagnonnage ne peut plus continuer »&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Mardi 2 juin. Dakar. Je regarde Ousmane Sonko s&apos;asseoir face aux journalistes. Pour quiconque vit et pense dans cette région, l&apos;image est lourde. Il n&apos;est plus Premier ministre depuis dix jours ; il préside l&apos;Assemblée nationale depuis une semaine. On attendait l&apos;estocade, l&apos;attaque frontale. À la place, nous assistons à un dévoilement clinique, presque intime, de la mécanique du pouvoir.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;« Il m&apos;a dit qu&apos;il estime que le compagnonnage ne peut plus continuer. » Le « il », c&apos;est Bassirou Diomaye Faye. Le président. L&apos;homme avec qui Sonko est sorti de prison le 14 mars 2024, porté par une ferveur populaire que nous pensions invincible. L&apos;homme qu&apos;il a fait élire dix jours plus tard.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;En révélant qu&apos;il avait lui-même proposé de céder le gouvernement pour le perchoir de l&apos;Assemblée, une offre laissée sans réponse jusqu&apos;à son limogeage du 26 mai, Sonko montre qu&apos;il n&apos;a pas été battu. Il a été réorganisé.&lt;/p&gt;
    &lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;« Je lui ai facilité la tâche en lui disant que je vais le suivre. Je lui ai demandé s&apos;il veut me limoger, il n&apos;a qu&apos;à assumer et le faire. »&lt;cite&gt;Ousmane Sonko, 2 juin 2026&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
    &lt;p&gt;Mais pour nous qui subissons le quotidien de cette transition, le choc n&apos;est pas là. Il est dans ce qu&apos;il a étalé ensuite. La justice ? « Aucun accord. » La dette publique ? Aucun accord. Le pouvoir d&apos;achat ? Aucun accord. La renégociation des contrats miniers et pétroliers ? Aucun accord. La reddition des comptes ? Aucun accord. Deux ans d&apos;un pouvoir né des aspirations de notre jeunesse, et les deux têtes de l&apos;État constatent qu&apos;elles ne s&apos;entendent sur rien. Sur rien de ce qui change la vie sur le terrain.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Pour le peuple qui attendait que le prix du riz brisé ou du litre d&apos;huile baisse, ce n&apos;est pas une dispute de palais. C&apos;est le constat d&apos;un échec, et il est charnel.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le cœur du drame éclate lorsque Sonko révèle que Faye a refusé d&apos;accorder des portefeuilles au Pastef dans la nouvelle équipe. Le président a tranché : le parti qui détient 130 députés sur 165, la force militante qui l&apos;a hissé au sommet, est banni de l&apos;exécutif. Ce n&apos;est plus une querelle d&apos;ego. C&apos;est une rupture entre la légitimité électorale et l&apos;appareil d&apos;État.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Primature · nominations · mai 2026&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;« Qu&apos;il se limite aux chiffres » : les hommes d&apos;avant&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Pour le nouveau Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lô, Sonko a eu cette formule : « Qu&apos;il se limite aux chiffres. Je l&apos;ai entendu donner des leçons de morale. Nous savons qu&apos;il a joué un rôle dans tout ce qui se passe actuellement. »&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;À Dakar, le camp présidentiel tente de nous vendre ce nouveau cap sous l&apos;étiquette de « gouvernement de technocrates ». Le récit est bien huilé : on rationalise, on remplace le bruit des militants par le silence des compétences. Il suffit de lire les noms. Mouhamadou Makhtar Cissé, nommé à l&apos;Intérieur. Qui appelle-t-on technocrate ? L&apos;ancien directeur général des Douanes de Macky Sall, ancien ministre de l&apos;Énergie, l&apos;homme qui gérait les caisses et les secrets de l&apos;ancien régime. Aujourd&apos;hui, il contrôle la sécurité, le territoire et l&apos;organisation des scrutins. Cheikh Diba aux Finances, Cheikh Niang aux Affaires étrangères : même trajectoire, purs produits du système Sall. Ce n&apos;est pas la compétence qui supplante le militantisme. C&apos;est un réseau qui en évince un autre. Esseulé, sans contrôle sur l&apos;appareil du Pastef, Faye s&apos;en remet aux hommes d&apos;avant. Parce que ce sont les seuls qui ont un intérêt vital à ce que son pouvoir tienne.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
  &lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Dakar · diaspora · mimétisme&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Le murmure cynique et le spectre de 1962&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;On entend pourtant ici et là, dans les cercles proches de l&apos;ancien régime à Dakar comme au sein d&apos;une certaine diaspora, un murmure cynique. Ces esprits, nourris au mimétisme institutionnel, nous expliquent doctement que la loi sénégalaise est le clone de la loi française. Ils nous disent, presque pour s&apos;en réjouir : « Regardez Macron. Il gouverne sans majorité depuis des années à coups de 49-3 et d&apos;artifices constitutionnels. Si la France le fait, Faye n&apos;a qu&apos;à faire de même. Ça marche là-bas, ça marchera ici. »&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;div&gt;
    &lt;section&gt;
      &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Histoire · 1962 · parallèle&lt;/div&gt;
      &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Le duel Senghor-Dia, version 2026&lt;/h2&gt;
      &lt;p&gt;Quelle cécité. Ériger le naufrage démocratique français en modèle pour le Sénégal est déjà une insulte à l&apos;intelligence. Mais plaquer une grille de lecture coloniale sur une crise qui vient de chez nous, c&apos;est pire que de l&apos;aveuglement. C&apos;est un renoncement à se regarder soi-même.&lt;/p&gt;
      &lt;p&gt;Le vrai miroir, c&apos;est décembre 1962. Ce que nous vivons en ce mois de juin 2026, c&apos;est le duel Senghor-Dia qui se répète. L&apos;exécutif à deux têtes où le théoricien de la rupture (Dia hier, Sonko aujourd&apos;hui) se fait éjecter par celui qui détient la signature de l&apos;État. Senghor contre Dia, Faye contre Sonko. Sauf qu&apos;en 1962, la crise s&apos;est réglée entre Sénégalais, à huis clos. Aujourd&apos;hui, les émissaires du FMI attendent déjà sur le tarmac.&lt;/p&gt;
    &lt;/section&gt;
    &lt;section&gt;
      &lt;div&gt;
        &lt;img src=&quot;assets/ig_0b3d1c88277f9bf1016a2336ff82708191bbc98a030e84d7b2.png&quot; alt=&quot;Photo-illustration : Bassirou Diomaye Faye au premier plan, Macky Sall debout derrière lui&quot;&gt;
      &lt;/div&gt;
    &lt;/section&gt;
  &lt;/div&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Diamniadio · Trésor · 6 juin 2026&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;589 voix, zéro bulletin blanc, et le FMI qui arrive&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Samedi 6 juin. Pendant que le Pastef se réunit en congrès à Diamniadio et sacre Sonko à l&apos;unanimité, 589 voix et zéro bulletin blanc, le Trésor sénégalais décaisse en urgence 53,75 millions d&apos;euros et 38,8 millions de dollars pour payer par anticipation ses coupons obligataires. Le lundi 8 juin, la mission du FMI atterrit à Dakar.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Ces deux choses ne sont pas parallèles. Elles s&apos;emboîtent. Le congrès de Diamniadio et le meeting du Dakar Arena le 7 juin prouvent que Sonko n&apos;est pas mort : il est consolidé. Mais consolidé dans l&apos;opposition. Le parti qui porte la colère sociale et le rêve souverainiste est hors de l&apos;exécutif. Et c&apos;est ce divorce qui fait l&apos;affaire des forces extérieures.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le Sénégal doit honorer 5,8 milliards de dollars de dette sur trois ans, avec une dette publique qui frôle les 132 % du PIB. Le besoin de financement pour la seule année 2026 s&apos;élève à 6 075 milliards FCFA. Le programme d&apos;ajustement qui redémarre exige de faire grimper la pression fiscale de 19,3 % à 23,2 %.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Imposer cette thérapie avec Sonko à la Primature aurait été un combat permanent. Lui qui qualifiait les restructurations imposées de « honte » ne pouvait pas saborder sa base à l&apos;approche de 2029. Avec un gouvernement de technocrates mené par Cheikh Diba, la négociation devient fluide pour les créanciers. Lô « se limite aux chiffres », Faye parle la langue de Washington, et le peuple sénégalais se retrouve pris en étau entre la crise politique au sommet et la rigueur financière à la base.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Pendant que Dakar offre au FMI un exécutif sans opposition, Cotonou, lui, court réparer ce que trois ans de rupture ont cassé.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Niamey · Cotonou · corridor&lt;/div&gt;
    &lt;p&gt;Vendredi 5 juin, Niamey. Le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine installe le comité mixte d&apos;experts Bénin-Niger. La presse officielle appelle ça le triomphe d&apos;une « diplomatie de voisinage ». Sous les mots lisses, la réalité est plus prosaïque. Le Bénin ne tend pas la main à l&apos;AES par élan panafricaniste. Il la tend parce que ses artères se vident.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;D&apos;abord le port de Cotonou. Depuis la fermeture des frontières en juillet 2023, le poumon économique du pays étouffe. Les 80 % du fret nigérien qui y transitaient ont fui vers Lomé ou Tema. Les transporteurs, les commerçants de Malanville, les transitaires : tous en détresse financière.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Ensuite le pipeline. Agadem-Sèmè, près de 2 000 kilomètres de tuyau construit par la CNPC chinoise. Le brut coule déjà depuis août 2024, 14 millions de barils exportés malgré la frontière fermée. Ce que le Niger a renégocié avec Pékin le 18 mai, ce sont les termes : 45 % de WAPCO, tarif de transit abaissé de 27 à 15 dollars le baril. Le Bénin a nommé Romaric Ogouwale aux Mines et à l&apos;Énergie le 5 juin. Le comité des quinze jours doit fournir le prétexte politique pour rouvrir la frontière terrestre. Le pétrole, lui, n&apos;a pas attendu.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Et puis il y a le nord. L&apos;Alibori. Ligne de front. Les massacres de nos soldats par le JNIM, 54 morts en avril 2025 et quinze le 4 mars dernier, rappellent que les frontières s&apos;effacent devant les balles. Le Niger et le Burkina combattent ce monstre depuis une décennie. La nomination de Rachidi Gbadamassi, leader du Nord, comme ministre-conseiller à la Défense le 5 juin, n&apos;est pas un symbole. C&apos;est un cri.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;div&gt;
    &lt;section&gt;
      &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Malanville · marchés · mémoire&lt;/div&gt;
      &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Le rire jaune et l&apos;expédition de réparation&lt;/h2&gt;
      &lt;p&gt;À Cotonou, à Niamey, sur les marchés comme chez les transporteurs bloqués à la frontière, le rire est jaune. Personne n&apos;a oublié les discours va-t-en-guerre de l&apos;ère Talon ni les menaces d&apos;intervention militaire de la CEDEAO. Voir aujourd&apos;hui les diplomaties essayer de recoller les morceaux, c&apos;est le constat humiliant que personne ne peut survivre seul dans cette région.&lt;/p&gt;
      &lt;p&gt;La course de Wadagni, Nigeria, Niger, Burkina, Togo, Côte d&apos;Ivoire en 96 heures, n&apos;avait rien d&apos;une tournée d&apos;apparat. C&apos;était une expédition de réparation. Une mission obligatoire qui se faisait trop attendre. L&apos;ère Talon pouvait se payer le luxe de l&apos;orgueil et de la rupture. Wadagni, avec le front Nord et les caisses du port qui s&apos;asphyxient, sait qu&apos;il doit plier. Ou le pays rompt.&lt;/p&gt;
    &lt;/section&gt;
    &lt;section&gt;
      &lt;div&gt;
        &lt;img src=&quot;assets/478a4df2-2f2f-4ab5-a8e2-5be362f09040.png&quot; alt=&quot;Photo-illustration : un apprenti penché à la portière d’un minibus de transport, dans la circulation&quot;&gt;
      &lt;/div&gt;
    &lt;/section&gt;
  &lt;/div&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Ankara · Abidjan · 4 juin 2026&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Ankara, Abidjan, et le joueur qu&apos;on ne filme pas&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Le jour même où Wadagni achevait sa boucle à Abidjan, le général Tiani atterrissait à Ankara pour signer quatre accords de coopération militaire et commerciale avec Erdogan. Le message à Cotonou est net : l&apos;AES s&apos;ouvre au monde, elle ne dépend pas de ses voisins côtiers. Le Niger a d&apos;autres routes, les drones turcs protègent son ciel, l&apos;argent chinois finance ses infrastructures. Dans ce dialogue, le Bénin est le demandeur.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;À Abidjan, Alassane Ouattara a offert le décor chaleureux du palais présidentiel et évoqué un futur sommet sur la réforme du Franc CFA. Mais le vrai maître du temps dans cette pièce n&apos;apparaît sur aucun communiqué. C&apos;est la China National Petroleum Corporation. La CNPC.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;C&apos;est elle qui a tracé l&apos;oléoduc. Elle qui a dicté les termes financiers à Niamey le 18 mai. Elle qui attend que son investissement de milliards de dollars s&apos;active. Le protocole des diplomates passe après. Le reste, les accolades sur le tarmac de Ouagadougou et les sourires devant les photographes, est la mise en scène de décisions prises ailleurs, dans des salles où personne ne filme.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Dakar · Cotonou · juin 2026&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Ce que juin 2026 nous dit&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Au terme de cette première semaine de juin, le vernis craque. À Dakar, un président gouverne avec les fantômes du régime déchu pour échapper à sa propre majorité. Il offre au FMI un exécutif isolé, parfait pour imposer une cure d&apos;austérité sans résistance politique. À Cotonou, un comité d&apos;urgence a quinze jours pour rouvrir une frontière que la réalité du terrain rendait intenable.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;On s&apos;épuise dans nos capitales à savoir si Faye a surpris Sonko, si le Pastef va bloquer les lois, si Wadagni a réussi son examen de passage régional. Ce sont des débats de surface. Ce que nous ressentons, nous, à chaque crise et à chaque fin de mois, c&apos;est que les cartes sont distribuées ailleurs. Les véritables architectes de notre quotidien s&apos;appellent le FMI, la CNPC, les fonds vautours obligataires et les groupes armés qui grignotent nos frontières au Nord. Nos dirigeants gèrent le service après-vente de crises qu&apos;ils ne maîtrisent pas. Et nos peuples, du marché de la Gueule Tapée aux pistes de Malanville, continuent d&apos;encaisser les coups, des décisions prises loin d&apos;eux par des forces qu&apos;ils n&apos;élisent pas.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;</content:encoded><enclosure url="https://terresmouvantes.org/issues/05-fin-senegal-renouveau-benin-aes.pdf" type="application/pdf"/><category>Sahel</category><category>Afrique de l’Ouest</category></item><item><title>N°04 — Le Bénin passe le pouvoir, l’AES entre dans la salle</title><link>https://terresmouvantes.org/numeros/benin-aes-passation-wadagni/</link><guid isPermaLink="true">https://terresmouvantes.org/numeros/benin-aes-passation-wadagni/</guid><description>Le Bénin passe le pouvoir sans drame et l&apos;AES répond présente. La géographie décide : le port de Cotonou, le corridor du Niger, un front commun au nord.</description><pubDate>Sun, 31 May 2026 08:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Le Bénin a fait ce que peu font dans la région : rendre le pouvoir. Et l&apos;AES a répondu présente, le Niger en tête. Derrière le geste, des raisons très concrètes : l&apos;héritage Talon, le port et le corridor dont dépend le Niger, et un même front jihadiste au nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://terresmouvantes.org/issues/04-benin-aes-passation-wadagni.pdf&quot;&gt;Télécharger le PDF&lt;/a&gt; · &lt;a href=&quot;https://terresmouvantes.org/numeros/benin-aes-passation-wadagni/&quot;&gt;Lire sur le site&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Cotonou · passation · 24 mai 2026&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Une banalité devenue événement&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Dimanche 24 mai, à Cotonou, Patrice Talon a fait ce que peu de chefs d&apos;État acceptent encore de faire chez nous : il a rendu le pouvoir. Après deux mandats, il a passé la main à Romuald Wadagni, élu en avril.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Sur le papier, c&apos;est banal. Un président finit, un autre prête serment, les institutions tiennent. En Afrique de l&apos;Ouest, cette banalité est devenue un événement. Pendant qu&apos;un voisin s&apos;accroche à un mandat de trop et qu&apos;un autre dirige depuis 1982, le Bénin, lui, tourne la page sans drame. Cela mérite d&apos;être dit avant tout le reste.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Mais en regardant de plus près, on constate que Talon ne remet pas le pouvoir à un adversaire qui l’a battu. Il le remet à son héritier politique. Wadagni n’a pas conquis le système Talon. Il en sort.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;

  &lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Continuité · score · héritage&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Talon part, son système reste&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Wadagni arrive avec 94,05 % des voix, selon les résultats provisoires de la commission électorale ; son adversaire, l&apos;opposant modéré Paul Hounkpè, recueille 5,95 % et reconnaît sa défaite. Un tel score ne raconte pas une conquête du peuple. Il raconte une transmission préparée.&lt;/p&gt;
    &lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;Le Bénin se distingue, sans se raconter d&apos;histoire.&lt;cite&gt;Terres Mouvantes&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
    &lt;p&gt;Wadagni n&apos;est pas venu contre Talon. Il est venu par Talon. Ancien ministre des Finances, visage du sérieux budgétaire béninois, il a tenu les comptes des deux mandats. Plusieurs médias l&apos;appellent le dauphin du sortant, et le mot est juste. Il n&apos;y a pas eu de bataille d&apos;idées, pas de campagne disputée, pas de suspense. L&apos;alternance est réelle au sommet ; la compétition, elle, l&apos;était beaucoup moins.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;C’est cette nuance qui rend le moment intéressant. Le Bénin donne une leçon régionale de limitation du pouvoir, mais quand on commence à regarder en détail, les failles se font visibles.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;div&gt;
    &lt;section&gt;
      &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Bilan · Cotonou · exécution&lt;/div&gt;
      &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Talon le bilan, à froid&lt;/h2&gt;
      &lt;p&gt;Si on regarde le Bénin de Talon sans passion, on ne peut pas lui retirer ce qui a été fait.&lt;/p&gt;
      &lt;p&gt;Il faut aller à Cotonou pour le voir. Ceux qui ont connu la ville d&apos;avant le disent : routes, éclairage, espaces publics, chantiers. Le changement n&apos;est pas dans les communiqués, il est dans le corps de la ville. Prenez la pluie. Dans beaucoup de nos capitales, la première grande averse reste une humiliation annuelle : les rues disparaissent, les quartiers se remplissent d&apos;eau, comme si l&apos;inondation était une fatalité africaine. À Cotonou, le Programme d&apos;assainissement pluvial a déroulé 146 km de collecteurs et de bassins de rétention en trois ans. Le gouvernement y voit presque la moitié de tout ce qui avait été réalisé depuis 1960. L&apos;ambition affichée : sortir durablement la ville de l&apos;inondation. Les premiers quartiers livrés ne sont plus sous l&apos;eau. La Banque mondiale, qui cofinance avec un consortium de bailleurs, compte plus de 168 000 habitants directement concernés.&lt;/p&gt;
      &lt;p&gt;Ce n&apos;est pas un miracle. C&apos;est de la planification, de l&apos;argent mis sur la table, des chantiers suivis. La leçon est simple, et elle vaut pour toute la région : beaucoup de nos problèmes ne sont pas des malédictions, seulement des problèmes d&apos;organisation qui attendent qu&apos;on les traite.&lt;/p&gt;
    &lt;/section&gt;
    &lt;section&gt;
      &lt;p&gt;Même logique côté industrie. À Glo-Djigbé, la zone portée par l&apos;État et son partenaire Arise transforme désormais une partie du coton sur place au lieu de l&apos;exporter brut. Le Bénin se dispute chaque année au Mali le rang de premier producteur de coton du continent, et en est devenu le champion de la transformation. Talon est arrivé en homme d&apos;affaires, voulant un État qui exécute, et sur ce terrain il a imposé son rythme.&lt;/p&gt;
      &lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;Un rythme, devenu parfois une marche forcée.&lt;cite&gt;Terres Mouvantes&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;section&gt;
        &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Libertés · opposition · démocratie&lt;/div&gt;
        &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;L&apos;entache : la liberté rétrécie&lt;/h2&gt;
        &lt;p&gt;C&apos;est l&apos;autre moitié du bilan, et elle est lourde. Le mandat Talon, c&apos;est aussi une opposition réduite, une justice politique contestée, des scrutins sans vraie incertitude.&lt;/p&gt;
        &lt;p&gt;Reckya Madougou et Joël Aïvo en sont les visages. L&apos;une condamnée à vingt ans, l&apos;autre à dix, dans des dossiers que leurs soutiens dénoncent comme politiques. Le pouvoir refuse le terme de prisonniers politiques ; Talon a écarté toute grâce avant son départ. On peut reconnaître les drains de Cotonou et refuser les barreaux : il n&apos;y a là aucune contradiction.&lt;/p&gt;
      &lt;/section&gt;
    &lt;/section&gt;
  &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
    &lt;section&gt;
      &lt;p&gt;Et c&apos;est précisément ici que le Bénin éclaire un débat plus large. La question que pose le talonisme traverse toute la région : combien de liberté politique un État accepte-t-il de réduire au nom de l’efficacité ? Cette question ne concerne pas seulement le Bénin. Au Burkina, Ibrahim Traoré l&apos;a tranchée sans détour en avril, à la radio-télévision d&apos;État : « la démocratie, ce n&apos;est pas pour nous. » Talon ne parle pas comme cela, le vocabulaire est différent, il parle de réforme et de modernisation. Mais l&apos;argument de fond se ressemble plus qu&apos;on n&apos;aime l&apos;admettre : d&apos;abord l&apos;ordre, le développement, la sécurité ; la compétition politique ensuite.&lt;/p&gt;
      &lt;p&gt;Au fond, ce n&apos;était donc pas tant la manière de gouverner qui séparait le Bénin de l&apos;AES ces dernières années.&lt;/p&gt;
      &lt;section&gt;
        &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Wadagni · continuité · sortie de crise&lt;/div&gt;
        &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Wadagni rupture ou continuité&lt;/h2&gt;
        &lt;p&gt;Pas de suspense sur la suite : Wadagni se projette dans la continuité de Talon, dont il a accompagné tous les grands choix. Il ne promet pas de rompre. Il promet de tenir le livre ouvert à la même page, d&apos;une autre main.&lt;/p&gt;
        &lt;p&gt;Cette continuité rassure les bailleurs, les marchés, l&apos;administration. Elle a aussi une vertu que personne n&apos;avait prévue : un visage neuf permet à Cotonou de changer de ton avec ses voisins sans donner l&apos;impression de reculer.&lt;/p&gt;
      &lt;/section&gt;
    &lt;/section&gt;
    &lt;section&gt;
      &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;AES · Niger · signal politique&lt;/div&gt;
      &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;L’AES entre dans la salle&lt;/h2&gt;
      &lt;p&gt;Si le Bénin de Talon a lui aussi mis la discipline au-dessus d’une démocratie pleinement ouverte, alors qu’est-ce qui l’a vraiment séparé de l’AES ?&lt;/p&gt;
      &lt;p&gt;Pas seulement la méthode de gouvernement.&lt;/p&gt;
      &lt;p&gt;La vraie rupture était ailleurs : dans l’alignement régional après le coup d’État au Niger, dans la CEDEAO, dans le rapport à la France, dans l’orgueil des dirigeants, dans les accusations de déstabilisation, dans la frontière fermée, dans le pétrole bloqué.&lt;/p&gt;
      &lt;p&gt;L’arrivée au pouvoir de Wadagni promet une nouvelle politique en matière de partenariats et de relations avec l&apos;AES. Lors de son investiture, les trois pays sont au rendez-vous et c&apos;est avec le Niger que se joue le signal le plus fort de cette investiture.&lt;/p&gt;
      &lt;p&gt;Le Niger n&apos;a pas envoyé un figurant à Cotonou. Il a envoyé son Premier ministre, Ali Mahaman Lamine Zeine, accompagné de son ministre de l&apos;Intérieur. Le Mali et le Burkina ont dépêché leurs chefs de la diplomatie. Quand on connaît l&apos;état des relations entre Cotonou et Niamey, au plus bas en janvier encore, avec des diplomates expulsés de part et d&apos;autre, ce déplacement n&apos;est pas un détail de protocole. C&apos;est une décision politique. L&apos;AES pouvait refuser. Elle a choisi de venir, et leur poignée de main, devant les caméras, s&apos;est prolongée bien au-delà des quelques secondes d&apos;usage. « C&apos;est une nouvelle voie qui s&apos;ouvre », a dit Zeine. La main, ici, est tendue des deux côtés.&lt;/p&gt;
    &lt;/section&gt;
  &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Carte · port · corridor&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;La géographie est plus têtue que les rancunes&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Et cette main, la carte l&apos;expliquait déjà. Le Niger est enclavé ; le Bénin lui ouvre la mer. Le port de Cotonou faisait transiter, avant la fermeture de la frontière en 2023, environ 80 % des importations nigériennes, et l&apos;oléoduc d&apos;Agadem court sur près de 2 000 km jusqu&apos;au terminal béninois de Sèmè. Quand la brouille a tout figé, frontière fermée, chargement de brut bloqué, vannes coupées, ce ne sont pas les palais qui ont d&apos;abord payé. Ce sont les commerçants, les transporteurs, les familles devant des rayons vides et des prix qui montent, des deux côtés de la frontière. Une dispute entre ces deux pays n&apos;arrange ni l&apos;un ni l&apos;autre.&lt;/p&gt;
    &lt;div&gt;
      &lt;img src=&quot;assets/benin-niger-reference-style-map.png&quot; alt=&quot;Carte Bénin–Niger : port de Cotonou, frontière et corridor régional&quot;&gt;
    &lt;/div&gt;
  &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;
    &lt;section&gt;
      &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Nord Bénin · sécurité · voisinage&lt;/div&gt;
      &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;La frontière ne demande pas de visa&lt;/h2&gt;
      &lt;p&gt;À cela s&apos;ajoute une menace que le nord du Bénin connaît désormais de près. En avril 2025, une attaque du JNIM, affilié à al-Qaïda, a tué 54 soldats béninois dans l&apos;Alibori ; une autre, en mars 2026, en a tué quinze. Le Bénin affronte aujourd&apos;hui, à sa frontière, ce que l&apos;AES combat depuis plus de dix ans. Cotonou peut avoir des désaccords profonds avec l’AES. Mais le terrain pose une question plus simple : avec qui sécuriser une frontière quand le voisin d’en face est précisément celui avec qui l’on ne parle plus ?&lt;/p&gt;
      &lt;p&gt;La coopération avec Niamey, Ouagadougou et Bamako n’est pas une adhésion idéologique. C’est une nécessité géographique. Difficile d&apos;imaginer meilleur partenaire pour tenir cette ligne que les voisins qui la tiennent déjà. Coopérer est donc une nécessité de terrain.&lt;/p&gt;
      &lt;p&gt;Reste, bien sûr, le contentieux qui empoisonne tout : Niamey accuse le Bénin d&apos;abriter des bases françaises tournées contre le Sahel. Cotonou dément : une source officielle affirme que le pays « n&apos;a jamais accueilli de base militaire étrangère depuis 1960 ». C&apos;est ce nœud-là qu&apos;il faudra dénouer. Mais le pétrole donne une raison d&apos;essayer : six jours avant l&apos;investiture, le Niger a réglé ses propres comptes avec l&apos;opérateur chinois du pipeline. Le dossier bouge.&lt;/p&gt;
    &lt;/section&gt;
    &lt;section&gt;
      &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Regard d’ici · unité · suite&lt;/div&gt;
      &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Le regard d&apos;ici&lt;/h2&gt;
      &lt;p&gt;Il faut se méfier des grands mots. « Peuples frères », « unité africaine », « coopération régionale » : ces formules ont trop servi à couvrir des calculs de pouvoir. Mais il ne faut pas non plus abandonner l’idée qu’elles contiennent.&lt;/p&gt;
      &lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;À Terres Mouvantes, comme beaucoup de gens de la région, nous regardons tout cela comme un bon signe.&lt;cite&gt;Terres Mouvantes&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
      &lt;p&gt;Pas par naïveté. Nous voyons le score à 94 %, les barreaux de Madougou et d&apos;Aïvo, la frontière toujours fermée. Rien n&apos;est réglé. Mais entre peuples frères, les désaccords doivent finir autour d&apos;une table, pas dans un bras de fer où chacun affame l&apos;autre pour avoir raison.&lt;/p&gt;
      &lt;p&gt;Ce qu&apos;il faudra surveiller est concret : la frontière de Malanville rouvre-t-elle au commerce ? Les accusations sur les bases baissent-elles d&apos;un ton ? Une coordination revient-elle dans le nord ? La réponse à ces questions dira si la poignée de main de Cotonou valait une politique, ou seulement une photo.&lt;/p&gt;
      &lt;p&gt;Mais ce jour-là, à Cotonou, un président est parti et un voisin fâché est venu quand même. Dans cette région, et par les temps qui courent, ce n&apos;est pas rien. L&apos;unité ne se décrète pas. Elle commence par se présenter à l&apos;heure.&lt;/p&gt;
    &lt;/section&gt;
  &lt;/div&gt;</content:encoded><enclosure url="https://terresmouvantes.org/issues/04-benin-aes-passation-wadagni.pdf" type="application/pdf"/><category>Sahel</category><category>Afrique de l’Ouest</category></item><item><title>N°03 — Sonko-Faye : le divorce par décret</title><link>https://terresmouvantes.org/numeros/sonko-faye-divorce/</link><guid isPermaLink="true">https://terresmouvantes.org/numeros/sonko-faye-divorce/</guid><description>Pourquoi la rupture Sonko-Faye ne se lit pas seulement comme une affaire de personnes : dette, FMI, majorité parlementaire et facture sociale au Sénégal.</description><pubDate>Sun, 24 May 2026 08:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Le décret ne suffit pas à expliquer la crise. Ce numéro lit la rupture Sonko-Faye par les dossiers qui pèsent déjà sur le pouvoir : la dette, le FMI, les fonds politiques, la majorité parlementaire et la facture sociale qui arrive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://terresmouvantes.org/issues/03-sonko-faye-divorce.pdf&quot;&gt;Télécharger le PDF&lt;/a&gt; · &lt;a href=&quot;https://terresmouvantes.org/numeros/sonko-faye-divorce/&quot;&gt;Lire sur le site&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Limogeage · Dakar · 22 mai 2026&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Le décret officialise une rupture déjà ouverte&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;« Alhamdoulillah. Ce soir je dormirai le cœur léger à la cité Keur Gorgui. » Ousmane Sonko n&apos;a pas attendu le lendemain pour répondre à son limogeage. Le soir du 22 mai, l&apos;ancien Premier ministre poste cette phrase sur Facebook. Devant son domicile dakarois, à Keur Gorgui, une foule de partisans se rassemble pour lui montrer que son pouvoir ne s&apos;arrête pas à la Primature.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Quelques heures plus tôt, un décret présidentiel avait été lu sur la RTS par Oumar Samba Ba, ministre et secrétaire général de la Présidence : fin des fonctions d&apos;Ousmane Sonko, dissolution du gouvernement, affaires courantes en attendant la suite. Aucun successeur n&apos;était annoncé au 24 mai.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Si le sort du pays n&apos;était pas en jeu, la scène ressemblerait à une rupture sentimentale : un décret, une phrase sèche, une foule devant la maison de celui qui dit partir le cœur léger. Mais le Sénégal ne traverse pas une dispute privée. Il entre dans une crise de pouvoir au moment où l&apos;État doit rassurer ses créanciers, choisir une ligne face au FMI et dire qui paiera la facture des années Macky Sall.&lt;/p&gt;
    &lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;« Le limogeage n&apos;est pas le début de la crise. C&apos;est son acte officiel. »&lt;cite&gt;Terres Mouvantes&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
  &lt;/section&gt;

  &lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Chronologie · 2024-2026 · Pastef&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;De la victoire au verrou qui ne tenait pas&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Le tandem Faye-Sonko s&apos;est construit dans la prison, la campagne et la victoire. Bassirou Diomaye Faye, ancien inspecteur des impôts et secrétaire général de Pastef, sort de prison le 14 mars 2024 avec Sonko. Dix jours plus tard, il remporte la présidentielle au premier tour. Le 2 avril, il nomme Sonko Premier ministre. En novembre 2024, les législatives donnent à Pastef 130 sièges sur 165. Le pouvoir semble verrouillé.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Il ne l&apos;était pas.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;En juillet 2025, Sonko dénonce publiquement un « problème d&apos;autorité » au sommet de l&apos;État et se plaint du silence présidentiel face aux attaques dont il dit être la cible.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Chronologie · 2024-2026 · Pastef (suite)&lt;/div&gt;
    &lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;« Vingt jours plus tard, la confiance tombe. »&lt;cite&gt;Terres Mouvantes&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
    &lt;p&gt;En novembre 2025, la nomination d&apos;Aminata « Mimi » Touré à la tête de la réorganisation de la coalition « Diomaye Président » ouvre un autre front. Sonko s&apos;y oppose, parle de manœuvres, annonce une nouvelle structure, l&apos;Alliance Patriotique pour le Travail et l&apos;Éthique.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le 2 mai 2026, Faye pose le cadre à la télévision : selon les comptes rendus disponibles, Sonko restait Premier ministre tant qu&apos;il bénéficiait de la confiance du chef de l&apos;État ; si cette confiance disparaissait, un autre Premier ministre serait nommé. Vingt jours plus tard, la confiance tombe.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;

  &lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Légitimités · présidence · militants&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Deux légitimités dans un seul pouvoir&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Le problème n&apos;est pas seulement personnel. Il tient à une architecture politique impossible : Faye a la légitimité constitutionnelle, Sonko garde une partie décisive de la légitimité militante.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Faye est président. Il signe les décrets, reçoit les créanciers, engage la parole de l&apos;État. Sonko préside Pastef, contrôle le noyau militant et reste l&apos;homme par qui une grande partie de la jeunesse a lu la victoire de 2024. La majorité parlementaire est issue de Pastef : 130 députés sur 165. Si cette majorité suit Sonko contre Faye, le président peut nommer un gouvernement, mais gouverner devient une autre affaire.&lt;/p&gt;
    &lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;« Où est le pouvoir réel quand le président limoge un Premier ministre qui garde la rue, le parti et une partie de l&apos;Assemblée ? »&lt;cite&gt;Terres Mouvantes&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
    &lt;p&gt;C&apos;est la question que la foule de Keur Gorgui pose sans communiqué.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Cette division arrive dans un pays où les promesses de rupture restent ouvertes. Entre 2021 et 2024, Amnesty International et CartograFreeSénégal ont recensé 65 morts dans la répression des manifestations, dont 51 par balles. La moyenne d&apos;âge était de 26 ans. Pastef avait promis justice. Deux ans après l&apos;arrivée au pouvoir, les familles attendent encore des poursuites à la hauteur de la promesse.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;La rupture au sommet ne tombe donc pas sur un pays neutre. Elle tombe sur une jeunesse qui a payé cher le changement, puis vu la machine d&apos;État ralentir la réparation.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Dette cachée · Cour des comptes · FMI&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;La dette entre dans la pièce&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Le calendrier donne à cette crise son poids réel.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;En février 2025, la Cour des comptes documente des anomalies dans les finances publiques sur la période 2019-31 mars 2024. Le FMI estime ensuite l&apos;écart de dette à environ 7 milliards de dollars, soit 4 250 milliards FCFA. Le déficit réel aurait été supérieur d&apos;environ cinq points de PIB au chiffre présenté. Le Sénégal ne découvre pas seulement une dette. Il découvre que sa signature a été abîmée.&lt;/p&gt;
    &lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;« Le Sénégal ne découvre pas seulement une dette. Il découvre que sa signature a été abîmée. »&lt;cite&gt;Terres Mouvantes&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
    &lt;p&gt;Le 6 novembre 2025, une mission du FMI s&apos;achève sans nouvel accord. Les Eurobonds sénégalais décrochent. En 2026, le besoin de financement est estimé à 6 075,2 milliards FCFA. La dette publique approche 132 % du PIB selon les données reprises par SikaFinance, et le Sénégal doit honorer environ 5,8 milliards de dollars de dette sur trois ans.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;C&apos;est ici que le divorce politique rejoint l&apos;argent.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Sonko rejetait publiquement la restructuration de la dette. Plusieurs comptes rendus rapportent qu&apos;il a qualifié l&apos;option de « honte ». Faye, lui, porte la responsabilité de l&apos;État devant les marchés, le FMI, la Banque mondiale, la BAD, l&apos;AFD et les partenaires européens. L&apos;un parle à la base qui a voté la rupture. L&apos;autre doit convaincre les guichets qui financent la continuité.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Ce n&apos;est pas une preuve que les créanciers ont dicté le décret. C&apos;est un fait politique plus simple : la rupture intervient dans une fenêtre utile à ceux qui veulent un interlocuteur présidentiel plus lisible, moins conflictuel, plus compatible avec un programme FMI.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;

&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Restructuration · fiscalité · vie quotidienne&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Le FMI ne mange pas seul&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Une restructuration ne reste jamais dans les tableaux Excel. Elle descend dans les prix, les taxes, les subventions, les salaires, les chantiers, les ports, la pêche et les services publics.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le budget 2026 vise un déficit ramené à 5,37 %. Les recettes totales sont arrêtées à 6 188,8 milliards FCFA, en hausse de 23,4 % par rapport à la LFI 2025, tandis que la pression fiscale attendue passe de 19,3 % à 23,2 %. Traduit hors langage budgétaire : plus de pression sur les ménages solvables, sur les entreprises formelles, sur les importations, sur les marges déjà faibles d&apos;une économie où beaucoup vivent au jour le jour.&lt;/p&gt;
    &lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;« La chaîne est courte : dette cachée → programme avec les créanciers → fiscalité et coupes → prix, emplois, services → vie quotidienne. »&lt;cite&gt;Terres Mouvantes&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Restructuration · fiscalité · vie quotidienne (suite)&lt;/div&gt;
    &lt;p&gt;C&apos;est pour cela que le débat Sonko-Faye ne peut pas rester dans les salons politiques. Si le Sénégal signe une restructuration dure, les créanciers ne seront pas seuls à récupérer leur argent. Les pêcheurs, les commerçants, les jeunes diplômés sans emploi, les familles qui dépendent des transferts, les petites entreprises formelles et les usagers des services publics sentiront la facture.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;

  &lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Pêche · gaz · caisses spéciales&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;La pêche, le gaz, les caisses spéciales : les dossiers qui disent la suite&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;La dette n&apos;est pas le seul terrain. Elle organise les autres.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;La pêche d&apos;abord. Le Sénégal n&apos;a pas renouvelé l&apos;accord de pêche avec l&apos;Union européenne fin 2024. Sonko avait défendu une renégociation pour que la ressource profite davantage aux acteurs locaux. Ce dossier touche directement la pêche artisanale, les ports, les familles côtières et la sécurité alimentaire.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le gaz ensuite. En mars 2026, Sonko a jugé inéquitables des clauses du projet gazier Grand Tortue Ahmeyim exploité par BP. Après son départ, chaque signal envoyé à BP, Woodside, Kosmos ou Petrosen dira si la présidence cherche la confrontation, la renégociation ou l&apos;apaisement.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le gaz est donc central politiquement, mais il ne sauve pas le budget maintenant. Sangomar produit. GTA démarre. Pourtant, les recettes budgétaires attendues des hydrocarbures en 2026 sont évaluées à 76 milliards FCFA sur des prévisions de recettes totales d&apos;environ 6 189 milliards : moins de 1,3 %. Le pétrole et le gaz peuvent changer le rapport de force à moyen terme. Ils ne bouchent pas le trou de 2026.&lt;/p&gt;
    &lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;« Les caisses spéciales disent qui contrôle l&apos;argent discret de l&apos;État, qui décide sans ligne budgétaire lisible, qui peut acheter la paix politique et qui peut financer sa propre autonomie. »&lt;cite&gt;Terres Mouvantes&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
    &lt;p&gt;Les fonds politiques enfin. Le 22 mai, à l&apos;Assemblée, Sonko conteste publiquement la position de Faye sur les caisses spéciales. « Je pense que le président Bassirou Diomaye Faye s&apos;est trompé », dit-il selon plusieurs médias sénégalais. Quelques heures plus tard, il n&apos;est plus Premier ministre.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Selon RTS et Seneweb, Sonko a chiffré les fonds politiques de la Primature à 1,77 milliard FCFA lors des questions d&apos;actualité du 22 mai. iGFM parle plus prudemment de plus d&apos;un milliard. Pour la Présidence, aucun compte rendu public consulté ne donne de ventilation nominative ni de liste de bénéficiaires.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Ce sujet paraît technique. Il ne l&apos;est pas.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Loi · alignement · faux débat&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;La loi sur l&apos;homosexualité&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Certains commentaires chercheront la rupture dans la loi durcissant la répression de l&apos;homosexualité. Ce n&apos;est pas le bon point de départ.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Sonko présente le projet devant l&apos;Assemblée le 25 février 2026. Le texte est adopté le 11 mars par 135 voix pour, aucune contre, avec trois abstentions selon les comptes rendus parlementaires. Faye le promulgue le 30 mars. Les deux hommes étaient alignés sur ce dossier.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Cela ne rend pas la loi secondaire pour les personnes qu&apos;elle expose. Cela veut seulement dire qu&apos;elle n&apos;explique pas le divorce politique. La fracture se lit mieux dans la dette, les fonds politiques, la coalition présidentielle, la majorité parlementaire et le contrôle du récit de la rupture.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;

  &lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Gains · risques · suite&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Ce que Faye gagne, ce qu&apos;il risque&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Faye gagne une chose immédiate : la clarté institutionnelle. Le président rappelle que le Premier ministre sert tant qu&apos;il a sa confiance. Dans un État endetté qui cherche un programme, ce message parle aux chancelleries et aux marchés.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Mais Faye risque plus grand : rester président sans majorité vivante.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;S&apos;il nomme un Premier ministre acceptable pour les bailleurs mais rejeté par le cœur Pastef, l&apos;Assemblée peut devenir un champ de blocage. Si les députés Pastef restent avec Sonko, chaque texte important devient un test de loyauté. Si une partie bascule avec Faye, le pays entre dans une recomposition longue, opaque, coûteuse. Dans les deux cas, le Sénégal perd du temps au moment où les prix, la dette, l&apos;emploi et la justice sociale demandaient de l&apos;exécution.&lt;/p&gt;
    &lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;« Un pouvoir élu pour rompre avec l&apos;ancien système se retrouve coupé en deux avant même d&apos;avoir livré ses promesses centrales. »&lt;cite&gt;Terres Mouvantes&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
    &lt;p&gt;Sonko, lui, perd la Primature mais récupère une position plus confortable : celle de l&apos;opposant intérieur, l&apos;homme qui peut dire qu&apos;il n&apos;a pas signé la facture. C&apos;est politiquement puissant. C&apos;est aussi dangereux pour le pays. Un pouvoir élu pour rompre avec l&apos;ancien système se retrouve coupé en deux avant même d&apos;avoir livré ses promesses centrales.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Signaux · congrès Pastef · suite&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;À surveiller maintenant&lt;/h2&gt;
    &lt;p&gt;Le premier signal sera le nom du nouveau Premier ministre. Technocrate de confiance des bailleurs, militant Pastef, figure de compromis ou profil présidentiel autonome : le choix dira la ligne Faye.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le deuxième signal sera le congrès de Pastef annoncé pour le 6 juin. Ce jour-là, la question ne sera pas seulement qui applaudit Sonko. Elle sera combien de députés, de cadres et de sections locales acceptent encore l&apos;autorité présidentielle.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le troisième signal sera économique : communiqué du FMI, calendrier d&apos;une mission, mouvement sur les Eurobonds, annonce sur la dette. Si Washington revient vite à la table, le décret du 22 mai prendra une autre couleur.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;Le quatrième signal sera concret pour les Sénégalais : impôts, subventions, prix, pêche, gaz, chantiers, justice pour les morts de 2021-2024. C&apos;est là que le divorce cessera d&apos;être une affaire de palais.&lt;/p&gt;
    &lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;« Un président peut limoger un Premier ministre par décret. Il ne peut pas décréter seul qui paiera la rupture. »&lt;cite&gt;Terres Mouvantes&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;

  &lt;/section&gt;

  &lt;section class=&quot;flow-section small-section&quot;&gt;
    &lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Chronologie · 2024-2026&lt;/div&gt;
    &lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;De la promesse de rupture au décret&lt;/h2&gt;
    &lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;« Deux ans après la victoire, la rupture promise rencontre la dette, les caisses spéciales et la question que personne ne peut contourner : qui tient encore la majorité ? »&lt;cite&gt;Terres Mouvantes&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mars 2024&lt;/strong&gt; Sonko et Faye sortent de prison.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mars 2024&lt;/strong&gt; Faye gagne la présidentielle au premier tour.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avril 2024&lt;/strong&gt; Sonko nommé Premier ministre.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Novembre 2024&lt;/strong&gt; Pastef obtient 130 sièges sur 165.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Février 2025&lt;/strong&gt; Dette cachée documentée par la Cour des comptes.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Juillet 2025&lt;/strong&gt; Sonko dénonce un « problème d&apos;autorité ».&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Novembre 2025&lt;/strong&gt; Échec des discussions FMI.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Novembre 2025&lt;/strong&gt; Mimi Touré nommée à la coalition « Diomaye Président ».&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mai 2026&lt;/strong&gt; Faye rappelle à la télévision que le PM dépend de sa confiance.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mai 2026&lt;/strong&gt; Décret présidentiel : Sonko limogé, gouvernement dissous.&lt;/p&gt;
    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Juin 2026&lt;/strong&gt; Congrès Pastef annoncé.&lt;/p&gt;
  &lt;/section&gt;</content:encoded><enclosure url="https://terresmouvantes.org/issues/03-sonko-faye-divorce.pdf" type="application/pdf"/><category>Sahel</category><category>Afrique de l’Ouest</category></item><item><title>N°02 — Changer de partenaire ne suffit pas</title><link>https://terresmouvantes.org/numeros/le-plus-grand-gisement-dopportunites-au-monde/</link><guid isPermaLink="true">https://terresmouvantes.org/numeros/le-plus-grand-gisement-dopportunites-au-monde/</guid><description>Un numéro sur la souveraineté économique africaine : produire, transformer, financer et décider localement au lieu de seulement changer de partenaire extérieur.</description><pubDate>Mon, 18 May 2026 08:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Changer de partenaire ne suffit pas. Ce numéro pose une question plus dure : qui transforme, qui finance, qui vend et qui décide ? La souveraineté commence quand une économie garde plus de valeur sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://terresmouvantes.org/issues/02-le-plus-grand-gisement-dopportunites-au-monde.pdf&quot;&gt;Télécharger le PDF&lt;/a&gt; · &lt;a href=&quot;https://terresmouvantes.org/numeros/le-plus-grand-gisement-dopportunites-au-monde/&quot;&gt;Lire sur le site&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
&lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Africa Forward · Nairobi · 11-12 mai 2026&lt;/div&gt;
&lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Un vieux cadre cherche une sortie&lt;/h2&gt;
&lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;« Les vrais panafricanistes, c&apos;est nous. »&lt;cite&gt;Emmanuel Macron · Nairobi · 10 mai 2026&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le président &lt;strong&gt;d&apos;un pays à l&apos;histoire coloniale violente et à l&apos;impérialisme toujours actif&lt;/strong&gt; vient nous expliquer le panafricanisme. L&apos;ironie n&apos;a échappé à personne, surtout pas à la jeunesse africaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 11 et 12 mai 2026, une trentaine de chefs d&apos;État se sont retrouvés à Nairobi pour Africa Forward, un sommet co-organisé par la France et le Kenya. Pour la première fois depuis 1973, ce format Afrique-France ne se tenait pas dans une ancienne colonie française. Le déplacement n&apos;est pas anecdotique. Paris a quitté son vieux salon francophone pour s&apos;installer au Kenya, puissance anglophone, carrefour régional, vitrine d&apos;une Afrique que la France a longtemps regardée de côté.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois absences pesaient dans la salle : Bamako, Ouagadougou, Niamey. Les trois pays de l&apos;Alliance des États du Sahel n&apos;étaient pas là. Emmanuel Macron a parlé d&apos;innovation, d&apos;investissement, de nouveaux partenariats. Il a annoncé, selon France 24, vingt-trois milliards d&apos;euros d&apos;investissements orientés vers l&apos;énergie, le numérique, l&apos;intelligence artificielle, l&apos;économie maritime et l&apos;agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais derrière les mots neufs, une vieille question reste posée.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;Un format né dans l&apos;asymétrie peut-il vraiment produire une relation d&apos;égal à égal ?&lt;cite&gt;Terres Mouvantes&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le premier sommet franco-africain s&apos;est tenu à Paris en novembre 1973. À l&apos;époque, il réunissait surtout des États issus de la sphère francophone post-coloniale. Dans les chancelleries, le vocabulaire était plus direct : la « chasse gardée ». Cinquante-trois ans plus tard, le nom a changé. Le décor a changé. Le rapport de force, lui, n&apos;a pas disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pays convoque. Vingt, trente, parfois davantage, se présentent. On signe des communiqués. On parle d&apos;avenir partagé. On promet une relation rénovée. Mais la structure dit autre chose : l&apos;Afrique reste trop souvent invitée dans des cadres pensés ailleurs.&lt;/p&gt;


&lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
&lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Commerce · multipolarité · 2024&lt;/div&gt;
&lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Paris suit l&apos;argent. Pékin, Ankara, Moscou aussi.&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Nairobi modifie la formule. Pas totalement. Mais assez pour dire quelque chose. La France a compris que son ancien centre de gravité africain ne suffisait plus. Elle regarde vers l&apos;Afrique anglophone, vers les marchés plus grands, vers les corridors économiques qui pèsent déjà dans ses propres chiffres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2024, selon la Direction générale du Trésor français, les deux premiers partenaires commerciaux de la France en Afrique subsaharienne étaient le Nigeria et l&apos;Afrique du Sud, deux pays anglophones, devant la Côte d&apos;Ivoire. Quand Paris va à Nairobi, il ne découvre pas une nouvelle Afrique. Il suit l&apos;argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait trop simple de lire Nairobi comme une histoire française. Ce serait encore mettre Paris au centre. Le vrai mouvement est plus large : l&apos;Afrique dispose aujourd&apos;hui de plus d&apos;options qu&apos;il y a vingt ans.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;Quand Paris va à Nairobi, il ne découvre pas une nouvelle Afrique. Il suit l&apos;argent.&lt;cite&gt;Terres Mouvantes&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La Chine est devenue le premier partenaire commercial du continent en 2009, selon le Council on Foreign Relations. La Turquie a multiplié ses ambassades, ses chantiers, ses lignes aériennes, puis ses ventes de drones et de véhicules blindés, comme le documente l&apos;Egmont Institute. La Russie, à travers Africa Corps après Wagner, a renforcé sa présence sécuritaire et minière dans plusieurs pays sahéliens. Les pays du Golfe, l&apos;Inde, le Maroc, l&apos;Algérie, chacun à sa manière, cherchent aussi leur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette diversification est une bonne chose. Elle donne de l&apos;air. Elle élargit la marge de négociation. Elle permet de faire jouer la concurrence sur les contrats, les infrastructures, les armes, les mines, les ports, les télécoms, l&apos;énergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut être lucide : changer de partenaire ne suffit pas. Si le Mali vend toujours de l&apos;or brut, si le Niger vend toujours de l&apos;uranium, si le Burkina vend toujours de l&apos;or et du coton, si le Nigeria vend toujours du pétrole brut pour racheter du carburant raffiné, alors le drapeau du partenaire change, mais la place dans la chaîne de valeur reste la même.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut remplacer Paris par Pékin, Ankara, Moscou, Abou Dhabi ou New Delhi. Si on exporte le brut et qu&apos;on importe le fini, on reste dans la même économie de dépendance.&lt;/p&gt;
&lt;aside class=&quot;flow-aside&quot;&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__label&quot;&gt;Top 3 France–Afrique subsaharienne · 2024&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__body&quot;&gt;&lt;strong&gt;Nigeria&lt;/strong&gt; · 4,9 Md€ (anglophone, hydrocarbures).&lt;br&gt;&lt;strong&gt;Afrique du Sud&lt;/strong&gt; · 3,1 Md€ (anglophone).&lt;br&gt;&lt;strong&gt;Côte d&apos;Ivoire&lt;/strong&gt; · 2,66 Md€, +13 % sur un an (francophone).&lt;/div&gt;&lt;/aside&gt;
&lt;aside class=&quot;flow-aside&quot;&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__label&quot;&gt;À noter&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__body&quot;&gt;L&apos;opinion publique malienne accueille favorablement l&apos;influence russe (88 %) et chinoise (79 %), selon Afrobarometer (AD1077, novembre 2025).&lt;/div&gt;&lt;/aside&gt;
&lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
&lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Transformation · chaîne de valeur · brut exporté&lt;/div&gt;
&lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;La vraie question : qui transforme ?&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;C&apos;est ici que le discours africain doit sortir des slogans. La souveraineté ne se mesure pas seulement au nombre de partenaires. Elle se mesure à la capacité de transformer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transformer le pétrole en carburant. Le gaz en engrais. Le coton en textile. Le cacao en chocolat. Le lithium en composants. L&apos;or en instruments financiers. Les céréales en produits stockables, transportables, exportables. Les ressources ne créent pas automatiquement la puissance. Elles créent la puissance quand elles passent par des usines, des ingénieurs, du crédit, des ports, des normes, des marchés.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;La formule est brutale parce qu&apos;elle est juste : exporter des emplois, importer de la pauvreté.&lt;cite&gt;Aliko Dangote · West African Refined Fuel Conference, Abuja · juillet 2025&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Aliko Dangote dit la chose simplement. En juillet 2025, à Abuja, à la West African Refined Fuel Conference, il rappelait que l&apos;Afrique produit beaucoup de brut mais importe encore massivement des produits pétroliers raffinés. Selon lui, le continent exporte ainsi des emplois et importe de la pauvreté.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant des décennies, plusieurs pays africains ont accepté une absurdité économique : produire la matière première, l&apos;envoyer dehors, puis payer plus cher pour la récupérer transformée. Ce modèle ne fabrique pas seulement une dépendance extérieure. Il détruit aussi des emplois qui auraient pu naître ici.&lt;/p&gt;
&lt;aside class=&quot;flow-aside&quot;&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__label&quot;&gt;Le coût du brut exporté&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__body&quot;&gt;&lt;strong&gt;~120 Mt&lt;/strong&gt; · produits pétroliers raffinés importés par l&apos;Afrique chaque année.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;~90 Md$&lt;/strong&gt; · coût annuel estimé pour le continent.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;70 %&lt;/strong&gt; · part de l&apos;essence importée par la CEDEAO.&lt;/div&gt;&lt;/aside&gt;
&lt;aside class=&quot;flow-aside&quot;&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__label&quot;&gt;Lecture&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__body&quot;&gt;Sortir du brut exporté n&apos;est pas seulement un sujet de balance commerciale. C&apos;est un sujet d&apos;emplois, de compétences, et d&apos;économie réelle.&lt;/div&gt;&lt;/aside&gt;
&lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
&lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Dangote · Lagos · raffinage&lt;/div&gt;
&lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Dangote n&apos;est pas un sauveur&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Dangote n&apos;est pas un héros providentiel. Ce serait une erreur de raconter cette histoire comme celle d&apos;un homme qui viendrait sauver le continent. Ce qui compte, ce n&apos;est pas le personnage. C&apos;est le modèle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Dangote Group n&apos;a pas seulement misé sur le commerce ou l&apos;extraction. Il a investi dans les infrastructures physiques : ciment, sucre, engrais, pétrochimie, raffinage. Sa raffinerie de Lagos, avec une capacité nominale de 650 000 barils par jour, est aujourd&apos;hui l&apos;un des projets industriels les plus importants du continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets commencent à se voir. En avril 2026, selon les données de l&apos;autorité nigériane du secteur pétrolier aval reprises par la presse économique nigériane, la raffinerie Dangote aurait fourni 79 % de l&apos;essence consommée au Nigeria. Les importations d&apos;essence auraient reculé de 37 % sur la même période.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;La souveraineté commence là : quand une cargaison qui quittait le continent reste pour être transformée ici.&lt;cite&gt;Terres Mouvantes&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas forcer la causalité. Le Nigeria continue d&apos;importer du brut pour alimenter l&apos;usine quand l&apos;approvisionnement local ne suffit pas. En 2025, la raffinerie aurait importé 3,74 milliards de dollars de brut, selon des données de la Banque centrale du Nigeria.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le sens du mouvement est clair : chaque litre raffiné localement réduit une fuite de devises. Chaque cargaison transformée sur place garde une partie de la valeur dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;aside class=&quot;flow-aside&quot;&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__label&quot;&gt;Dangote en chiffres&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__body&quot;&gt;&lt;strong&gt;650 000&lt;/strong&gt; barils/jour · capacité nominale Lagos.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;79 %&lt;/strong&gt; de l&apos;essence consommée au Nigeria en avril 2026.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;–37 %&lt;/strong&gt; sur les importations d&apos;essence.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;3,74 Md$&lt;/strong&gt; de brut importés par la raffinerie en 2025.&lt;/div&gt;&lt;/aside&gt;
&lt;aside class=&quot;flow-aside&quot;&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__label&quot;&gt;Ce qu&apos;on regarde&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__body&quot;&gt;Pas le personnage. Le modèle. Et sa capacité à se reproduire ailleurs.&lt;/div&gt;&lt;/aside&gt;
&lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
&lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Ruto · raffinerie est-africaine · Mombasa&lt;/div&gt;
&lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Sortir de l&apos;otage énergétique&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Le Kenya regarde cette leçon de près. En mai 2026, autour du sommet de Nairobi, le président William Ruto a défendu l&apos;idée d&apos;une grande raffinerie est-africaine associée à Dangote. Le projet évoqué, selon Reuters et Business Insider Africa, pèserait entre quinze et dix-sept milliards de dollars, avec une capacité pouvant atteindre 650 000 barils par jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ruto a résumé l&apos;enjeu avec une phrase forte, citée par The Star Kenya et Al Jazeera : l&apos;Afrique de l&apos;Est ne veut plus être prise en otage par le détroit d&apos;Ormuz ou par des guerres commencées ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;Nous ne voulons plus être otages du détroit d&apos;Ormuz. Nous avons nos propres ressources, et nous allons les utiliser pour industrialiser notre région.&lt;cite&gt;William Ruto · Africa We Build Summit, Nairobi · avril-mai 2026&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C&apos;est exactement le cœur du sujet. Quand une région dépend de carburants raffinés ailleurs, elle importe aussi les crises des autres. Une guerre au Moyen-Orient, une tension maritime, un choc sur les prix du fret, et le coût du transport, de la nourriture, de l&apos;électricité et des produits de base remonte jusqu&apos;aux ménages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&apos;épisode kenyan montre aussi une autre vérité : l&apos;industrialisation africaine ne sera pas un conte panafricain sans conflit. Le choix du site, Mombasa au Kenya ou Tanga en Tanzanie, a déjà ouvert des tensions. Dangote pencherait pour Mombasa, port plus profond et mieux adapté à son projet, selon le Financial Times. Le président kenyan avait évoqué une logique régionale plus large. La Tanzanie, elle, n&apos;entend pas être traitée comme une annexe. La présidente Samia Suluhu Hassan, dont le pays était initialement présenté comme partie au projet, n&apos;avait pas été consultée. Elle a sévèrement repris Ruto lors de sa visite à Dar es Salaam début mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&apos;est sain de le voir. La coopération africaine n&apos;efface pas les intérêts nationaux. Elle les organise, ou elle échoue.&lt;/p&gt;
&lt;aside class=&quot;flow-aside&quot;&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__label&quot;&gt;Chronologie · raffinerie est-africaine&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__body&quot;&gt;&lt;strong&gt;23/04/2026&lt;/strong&gt; · Annonce conjointe Ruto-Dangote-Museveni au Africa We Build Summit, Nairobi.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;04/05/2026&lt;/strong&gt; · Suluhu reprend Ruto à Dar es Salaam (non consultation tanzanienne).&lt;br&gt;&lt;strong&gt;10/05/2026&lt;/strong&gt; · Dangote tranche pour Mombasa (FT).&lt;/div&gt;&lt;/aside&gt;
&lt;aside class=&quot;flow-aside&quot;&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__label&quot;&gt;À suivre&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__body&quot;&gt;Où l&apos;usine sera construite, qui mettra l&apos;argent, qui contrôlera le projet. Et si Nairobi, Dar es Salaam et Kampala peuvent s&apos;accorder sans transformer la raffinerie en bras de fer régional.&lt;/div&gt;&lt;/aside&gt;
&lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
&lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Crédit · capital domestique · tissu&lt;/div&gt;
&lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Le verrou oublié, et le tissu qui manque&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Produire localement demande plus que des discours. Il faut du capital long. Des banques capables de prendre du risque industriel. Des marchés financiers profonds. Des garanties. Des ingénieurs. De l&apos;énergie. Des ports. Des routes. Des contrats de long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce point, l&apos;Afrique est encore enfermée dans une contradiction. Les besoins sont immenses, mais le crédit reste cher. Les États africains empruntent souvent à des taux plus élevés que d&apos;autres régions, même quand les projets sont solides. Plusieurs institutions financières, dont BCG et l&apos;Africa Finance Corporation, estiment que le déficit annuel de financement des infrastructures africaines dépasse les cent milliards de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradoxe, c&apos;est que l&apos;argent existe déjà en partie sur le continent. Fonds de pension, assurances, banques publiques, fonds souverains, caisses de retraite : plus de mille milliards de dollars de capital domestique africain pourraient être mieux mobilisés, selon l&apos;Africa Finance Corporation et CFI.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;Le problème n&apos;est pas seulement l&apos;absence d&apos;argent. C&apos;est l&apos;absence de canaux capables de transformer cette épargne en usines.&lt;cite&gt;Terres Mouvantes&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L&apos;Afrique n&apos;a pas seulement besoin d&apos;investisseurs étrangers. Elle a besoin d&apos;instruments financiers qui ne l&apos;obligent pas à vendre demain pour construire aujourd&apos;hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le danger serait maintenant de remplacer une illusion par une autre. Hier, on attendait le développement de l&apos;aide extérieure, des sommets, des bailleurs, des partenaires stratégiques. Demain, on pourrait attendre un Dangote dans chaque pays. Ce serait encore attendre un sauveur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu&apos;il faut, c&apos;est un tissu. Un grand industriel ici. Dix entreprises de taille intermédiaire là. Des centaines de PME capables de transformer, conditionner, réparer, stocker, transporter. Des coopératives qui montent en gamme. Des banques qui comprennent l&apos;industrie. Des États qui ne se contentent pas de signer des protocoles, mais protègent les chaînes productives qu&apos;ils veulent faire naître.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes choses et les petites choses doivent avancer ensemble. Une raffinerie compte. Une usine d&apos;engrais compte. Une cimenterie compte. Mais un réseau de pièces détachées, de maintenance, de formation technique, de transporteurs et de sous-traitants compte aussi. La puissance productive ne se décrète pas. Elle s&apos;accumule.&lt;/p&gt;
&lt;aside class=&quot;flow-aside&quot;&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__label&quot;&gt;Le capital africain · chiffres clés&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__body&quot;&gt;&lt;strong&gt;~100 Md$/an&lt;/strong&gt; · déficit de financement infrastructure (BCG, 2025).&lt;br&gt;&lt;strong&gt;3/34&lt;/strong&gt; · pays africains notés &lt;em&gt;investment grade&lt;/em&gt; (Brookings).&lt;br&gt;&lt;strong&gt;&amp;gt;1 000 Md$&lt;/strong&gt; · capital domestique mobilisable (AFC, CFI nov. 2025).&lt;br&gt;&lt;strong&gt;2,6 %&lt;/strong&gt; · taux de défaut sur infrastructure africaine, parmi les plus bas du monde.&lt;/div&gt;&lt;/aside&gt;
&lt;aside class=&quot;flow-aside&quot;&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__label&quot;&gt;À retenir&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__body&quot;&gt;L&apos;argent existe sur le continent. Ce qui manque, ce sont les canaux qui le transforment en usines, en réseaux, en chaînes logistiques.&lt;/div&gt;&lt;/aside&gt;
&lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
&lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Afrique de l&apos;Ouest · souveraineté productive · chute&lt;/div&gt;
&lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Ce que cela veut dire pour l&apos;Afrique de l&apos;Ouest&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Pour l&apos;Afrique de l&apos;Ouest, la leçon est directe. La sous-région parle beaucoup de souveraineté. Elle a raison. Mais la souveraineté ne peut pas rester seulement militaire, diplomatique ou monétaire. Elle doit devenir productive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui transforme l&apos;or ? Qui raffine le pétrole ? Qui produit les engrais ? Qui finance les usines ? Qui forme les techniciens ? Qui contrôle les ports, les corridors et les entrepôts ? Qui assure les risques ? Qui capte la marge ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces questions-là qui diront si la rupture actuelle est profonde ou seulement diplomatique. Bamako, Ouagadougou et Niamey peuvent diversifier leurs partenaires. Dakar, Abidjan, Accra, Lagos et Cotonou aussi. Mais si la région reste exportatrice de matières premières et importatrice de produits finis, elle négociera seulement les conditions de sa dépendance.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;Changer de partenaire est utile. Changer de place dans la chaîne de valeur est indispensable.&lt;cite&gt;Terres Mouvantes&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le problème n&apos;est pas d&apos;avoir des partenaires. Aucun pays sérieux ne vit sans partenaires. Le problème est d&apos;être enfermé dans une seule place : fournisseur de brut, client de fini, débiteur permanent, marché captif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prochaine étape n&apos;est pas l&apos;indépendance totale. C&apos;est l&apos;interdépendance choisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nairobi montre qu&apos;un vieux cadre cherche une sortie. Dangote montre qu&apos;un autre chemin existe. Entre les deux, il y a la vraie question africaine : qui transforme, qui finance, qui produit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Françafrique peut finir. La Russie, la Chine, la Turquie, le Golfe ou l&apos;Inde peuvent prendre plus de place. Cela ne suffira pas. Tant que l&apos;Afrique vendra surtout ce qu&apos;elle extrait et rachètera ce qu&apos;elle aurait pu fabriquer, elle restera exposée aux décisions des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La souveraineté ne commence pas dans une photo de sommet. Elle commence dans une usine qui tourne, une banque qui finance, un port qui exporte du fini, une entreprise qui garde la valeur ici.&lt;/p&gt;


&lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
&lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Le saviez-vous ?&lt;/div&gt;
&lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Le premier sommet Afrique-France a été convoqué par un Africain qui voulait renégocier l&apos;uranium.&lt;/h2&gt;
&lt;div class=&quot;flow-bigfact&quot;&gt;&lt;span class=&quot;flow-bigfact__number&quot;&gt;6 ans&lt;/span&gt;&lt;span&gt;C&apos;est la peine de prison de Hamani Diori, arrêté cinq mois après avoir convoqué le tout premier sommet Afrique-France.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Hamani Diori, premier président du Niger (1960-1974), initie le format en novembre 1973. Pas pour la photo : il est en bras de fer avec Paris sur le prix de l&apos;uranium et cherche une coalition, avec Omar Bongo au Gabon notamment, pour peser dans la négociation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 avril 1974. Coup d&apos;État de Seyni Kountché. Sa femme Aïssa, présente au palais, est tuée avec la Garde républicaine. Diori passe six ans en prison à Zinder, puis sept ans assigné à résidence à Niamey, avant un exil au Maroc. Il meurt en 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&apos;uranium nigérien, lui, a continué de couler vers Paris. Près de 157 000 tonnes au total, produites par les deux filiales d&apos;Orano (Somaïr et Cominak) entre 1971 et 2024, selon les chiffres d&apos;Orano et de la World Nuclear Association. Jusqu&apos;à juin 2024, quand le Niger révoque la licence d&apos;Imouraren, puis nationalise Somaïr en juin 2025.&lt;/p&gt;
&lt;figure&gt;&lt;img src=&quot;assets/diori-1968.jpg&quot; alt=&quot;Portrait d&apos;Hamani Diori, président du Niger, photographié en 1968.&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;Hamani Diori en 1968.&lt;br&gt;Ron Kroon / Anefo &amp;mdash; Nationaal Archief &amp;mdash; CC BY-SA 3.0 NL&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;p class=&quot;flow-takeaway&quot;&gt;Ce que Diori a tenté en 1973, le Niger d&apos;aujourd&apos;hui le fait. Cinquante ans plus tard. La question du format Afrique-France n&apos;a jamais cessé d&apos;être : &lt;strong&gt;qui décide du prix de ce qu&apos;on extrait sous nos pieds ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
&lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Lecture rapide&lt;/div&gt;
&lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Qui veut quoi, qui paie, qui gagne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lecture rapide d&apos;un moment où l&apos;Afrique cesse d&apos;être un objet de sommet pour devenir un sujet de chaîne de valeur.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&quot;flow-subhead&quot;&gt;Qui veut quoi&lt;/h3&gt;
&lt;ul class=&quot;flow-list&quot;&gt;&lt;li&gt;Paris : rebrander la relation, regagner du terrain hors zone franco-historique&lt;/li&gt;&lt;li&gt;AES (Mali, Burkina, Niger) : diversifier les partenaires, sortir de la tutelle française&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Dangote, Ruto : industrialiser, raffiner ici, capter la valeur ajoutée&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Chine, Turquie, Russie, Golfe, Inde : prendre la place laissée vacante&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;h3 class=&quot;flow-subhead&quot;&gt;Qui paie&lt;/h3&gt;
&lt;ul class=&quot;flow-list&quot;&gt;&lt;li&gt;Ménages africains, sur le prix du carburant, des engrais, du fini importé&lt;/li&gt;&lt;li&gt;États ouest-africains, sur leurs taux d&apos;emprunt punitifs&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Fonds de pension et caisses africaines, dont l&apos;épargne sort financer ailleurs&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Réserves de change des pays exportateurs de brut sans raffinage local&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;h3 class=&quot;flow-subhead&quot;&gt;Qui gagne&lt;/h3&gt;
&lt;ul class=&quot;flow-list&quot;&gt;&lt;li&gt;Industriels qui transforment sur place (Dangote, équivalents émergents)&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Partenaires diversifiés qui captent contrats miniers, infrastructures, armes&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Pays anglophones qui captent déjà le commerce français en Afrique&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Institutions de crédit panafricaines qui sauront canaliser l&apos;épargne locale&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;h3 class=&quot;flow-subhead&quot;&gt;Qui perd&lt;/h3&gt;
&lt;ul class=&quot;flow-list&quot;&gt;&lt;li&gt;Modèle hérité du sommet asymétrique&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Exportateurs de brut sans transformation locale&lt;/li&gt;&lt;li&gt;États qui changent de drapeau partenaire sans changer de chaîne de valeur&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Récit selon lequel le développement vient de l&apos;extérieur&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;h3 class=&quot;flow-subhead&quot;&gt;À surveiller&lt;/h3&gt;
&lt;ul class=&quot;flow-list&quot;&gt;&lt;li&gt;Sort du format Africa Forward après la fin du mandat Macron en 2027&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Concrétisation de la raffinerie est-africaine : site, financement, calendrier&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Capacité réelle de Dangote à durablement réduire les importations de carburant nigérianes&lt;/li&gt;&lt;li&gt;BOAD, Afreximbank, AFC : leur poids dans le financement industriel ouest-africain&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Premiers acteurs sahéliens qui passeront du commerce extractif à la transformation locale&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;/section&gt;</content:encoded><enclosure url="https://terresmouvantes.org/issues/02-le-plus-grand-gisement-dopportunites-au-monde.pdf" type="application/pdf"/><category>Sahel</category><category>Afrique de l’Ouest</category></item><item><title>N°01 — Les armes retentissent à nouveau au Mali</title><link>https://terresmouvantes.org/numeros/armes-retentissent-nouveau-mali/</link><guid isPermaLink="true">https://terresmouvantes.org/numeros/armes-retentissent-nouveau-mali/</guid><description>Un numéro sur Kidal, la sécurité au Mali et la différence entre reprendre une ville, la tenir et protéger les civils.</description><pubDate>Sat, 16 May 2026 08:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Kidal n&apos;est pas seulement une ville à reprendre. C&apos;est un test pour le modèle sécuritaire malien : tenir le terrain, rouvrir les routes, gouverner après l&apos;opération et mesurer ce que la guerre impose aux civils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://terresmouvantes.org/issues/01-armes-retentissent-nouveau-mali.pdf&quot;&gt;Télécharger le PDF&lt;/a&gt; · &lt;a href=&quot;https://terresmouvantes.org/numeros/armes-retentissent-nouveau-mali/&quot;&gt;Lire sur le site&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
&lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Kidal · frappes · civils&lt;/div&gt;
&lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;La ville-symbole de nouveau visée&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Dans la nuit du mercredi 13 au jeudi 14 mai, au moins quatre frappes aériennes des Forces armées maliennes ont touché Kidal. Selon des médias présents sur la zone, une maison près de l&apos;ancien marché a été détruite et un cratère a été ouvert dans la cour du gouvernorat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bamako prévient que la pression va s&apos;accentuer. Aucun bilan civil indépendant n&apos;était disponible à la clôture de cette édition. Depuis le 25 avril, la direction régionale de la santé ne fonctionne plus, les télécommunications sont dégradées et l&apos;accès humanitaire est interrompu, selon plusieurs organismes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;Compter les blessés, vérifier les dégâts et joindre les familles devient déjà une partie de la guerre.&lt;cite&gt;Terres Mouvantes&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La ville reste sous le contrôle du Front de libération de l&apos;Azawad (FLA) et du Jama&apos;at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM, affilié à al-Qaïda) depuis le 26 avril, d&apos;après plusieurs médias couvrant la zone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 mai, le FLA a revendiqué auprès de reporters sur le terrain détenir plus de 200 militaires maliens à Kidal. Le chiffre est une revendication, pas un fait recoupé. Le 29 avril, d&apos;autres médias évaluaient plutôt à une centaine le nombre de soldats faits prisonniers après l&apos;évacuation de combattants russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Terres Mouvantes ne retient aucun chiffre définitif. Bamako n&apos;a pas publié de bilan officiel vérifiable sur le nombre de soldats détenus. Dans ce contexte, le chiffre importe moins que le levier : des prisonniers peuvent peser sur une négociation, compliquer une contre-offensive ou ouvrir un canal indirect entre Bamako, les groupes armés et d&apos;éventuels médiateurs.&lt;/p&gt;
&lt;aside class=&quot;flow-aside&quot;&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__label&quot;&gt;Ce qu&apos;on sait / ce qu&apos;on ne sait pas&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__body&quot;&gt;&lt;strong&gt;On sait :&lt;/strong&gt; Kidal est tenue par le FLA et le JNIM depuis le 26 avril ; Bamako a frappé la ville les 13-14 mai.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;On ne sait pas :&lt;/strong&gt; le bilan civil indépendant, le nombre exact de prisonniers, ni les vecteurs aériens utilisés.&lt;/div&gt;&lt;/aside&gt;
&lt;aside class=&quot;flow-aside&quot;&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__label&quot;&gt;Attribution&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__body&quot;&gt;Plusieurs médias couvrant la zone, ainsi que des organismes humanitaires, sont cités dans la prose. Les communiqués d&apos;acteurs sont traités comme positions, non comme constats indépendants.&lt;/div&gt;&lt;/aside&gt;
&lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
&lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Bamako · récit · modèle&lt;/div&gt;
&lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Kidal, le symbole retourné&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Le 14 novembre 2023, l&apos;armée malienne et ses partenaires russes reprenaient Kidal après cinq jours d&apos;opération. Pour Bamako, ce n&apos;était pas une localité parmi d&apos;autres. C&apos;était la preuve visible d&apos;un choix : rompre avec Barkhane, la MINUSMA et l&apos;ancienne architecture régionale, puis affirmer que l&apos;État pouvait reprendre son territoire par ses propres alliances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette reprise a porté la popularité du gouvernement Goïta. Elle a aussi nourri une vague d&apos;optimisme dans le Sahel insurgé : ce que Bamako venait de faire à Kidal, Ouagadougou et Niamey pouvaient le tenter ailleurs. L&apos;IRIS a documenté la façon dont des voix pan-africanistes ont célébré la « libération » du Mali puis du Sahel, en l&apos;associant à la fin d&apos;une domination occidentale supposée.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;La promesse d&apos;un modèle sécuritaire souverain s&apos;est construite, en partie, sur l&apos;image de Kidal reprise.&lt;cite&gt;Lecture TM de la séquence 2023-2026&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C&apos;est cette image que la chute du 26 avril 2026 met en difficulté. L&apos;offensive coordonnée FLA et JNIM du 25 avril a frappé six localités en un jour : Bamako, Kati, Sévaré, Gao, Mopti, Bourem et Kidal. Kidal est tombée le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&apos;Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) a qualifié les attaques de « complot monstrueux soutenu par les ennemis de la libération du Sahel ». Sa force unifiée, lancée à Bamako le 20 décembre 2025 et portée vers un objectif de 15 000 hommes mi-avril 2026, n&apos;a pas été déployée au sol à Kidal au 15 mai, selon les éléments publics disponibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reconquête de Kidal n&apos;est donc pas qu&apos;une opération militaire malienne. C&apos;est le test du modèle que l&apos;AES vend depuis deux ans et demi : un modèle sécuritaire souverain, capable de tenir le nord sans les partenaires d&apos;avant. Si Bamako reprend la ville, le récit de novembre 2023 respire. Si la ville reste hors d&apos;atteinte, les promesses de l&apos;alliance seront mises à l&apos;épreuve à mesure que les jours passent.&lt;/p&gt;


&lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
&lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Contre-offensive · commandement · alliés&lt;/div&gt;
&lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Dix-neuf jours sans sol&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Depuis la perte de Kidal, la réponse documentée de Bamako repose surtout sur les frappes, les communiqués et la préparation d&apos;une pression militaire plus forte. Une frappe peut détruire un dépôt, un véhicule, une position. Elle ne remplace pas l&apos;infanterie, le ravitaillement, la police, les magistrats, les marchés, les antennes télécoms, ni les hôpitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&apos;est là que Kidal devient un test plus dur que la seule bataille. Reprendre une ville est une opération. La tenir est un système : routes ouvertes, carburant disponible, garnisons ravitaillées, administration minimale, population qui peut circuler, familles qui peuvent appeler, blessés qui peuvent être soignés.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;Reprendre une ville est une opération. La tenir est un système.&lt;cite&gt;Terres Mouvantes&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La séquence touche aussi le sommet de l&apos;État malien. Le 25 avril, un véhicule piégé frappe la résidence du ministre de la Défense Sadio Camara à Kati ; il meurt ensuite à l&apos;hôpital, selon plusieurs médias internationaux et locaux. Le 4 mai, Assimi Goïta prend lui-même le portefeuille de la Défense. Le 6 mai, le général Élisée Jean Dao remplace Oumar Diarra comme chef d&apos;état-major général des armées.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une recomposition de cette ampleur en dix jours pèse sur la planification d&apos;une opération terrestre. Elle dit aussi quelque chose de la fragilité du sommet : un attentat tue le ministre, le président cumule, un nouveau chef d&apos;armée arrive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contexte diplomatique limite ce qui peut être mobilisé. Le Mali a quitté la CEDEAO le 29 janvier 2025. La MINUSMA a fermé en 2023. La rupture avec Paris est consommée depuis le départ de Barkhane. Reste l&apos;AES, qui a mené ou salué des campagnes aériennes après les attaques du 25 avril, sans déploiement terrestre transfrontalier documenté au 15 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste aussi l&apos;arrière-plan russe. Crisis Group rapporte qu&apos;entre le 26 et le 27 avril, l&apos;Algérie a permis l&apos;évacuation négociée d&apos;environ 400 combattants de l&apos;Africa Corps depuis Kidal vers Tessalit. Plusieurs médias européens ont rapporté que cette évacuation a été perçue à Bamako comme une « trahison » du partenaire russe. Le mot est rapporté. Le partenariat reste opérationnel ; ce qu&apos;il offrira au nord (drones, conseillers, infanterie) n&apos;est pas documenté à cette édition.&lt;/p&gt;
&lt;aside class=&quot;flow-aside&quot;&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__label&quot;&gt;Lecture politique&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__body&quot;&gt;Le silence opérationnel de l&apos;AES devient une donnée politique. Pas un verdict : une observation. La force unifiée a frappé en l&apos;air ; elle n&apos;a pas envoyé un soldat de Niamey ou d&apos;Ouagadougou marcher sur Kidal, d&apos;après les informations publiques disponibles.&lt;/div&gt;&lt;/aside&gt;
&lt;aside class=&quot;flow-aside&quot;&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__label&quot;&gt;Prudence&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__body&quot;&gt;L&apos;information est aussi un front. L&apos;absence de communication ne prouve pas l&apos;absence de plan ; elle limite ce qui peut être affirmé publiquement.&lt;/div&gt;&lt;/aside&gt;
&lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
&lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;Carte · nord du Mali · 15 mai 2026&lt;/div&gt;
&lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Kidal, Gao, Kati : une bataille de ville, de routes et de frontières.&lt;/h2&gt;
&lt;figure&gt;&lt;img src=&quot;assets/mali-kidal-routes-map.webp&quot; alt=&quot;Carte de lecture du nord du Mali : Kidal, Gao, Kati, axes routiers et zones hachurées au 15 mai 2026.&quot;&gt;&lt;figcaption&gt;Carte · Terres Mouvantes&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;aside class=&quot;flow-aside&quot;&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__label&quot;&gt;Contexte&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__body&quot;&gt;Carte de lecture, le contrôle territorial est variable et contesté.&lt;br&gt;Le Mali couvre 1,24 million km², presque autant que le Niger voisin et plus de quatre fois le Burkina. Par la route : Bamako–Kati 15 km, Bamako–Kayes 612 km, Bamako–Gao 1 196 km, Bamako–Kidal 1 542 km. De Gao à Kidal, il reste encore près de 350 km de désert.&lt;/div&gt;&lt;/aside&gt;
&lt;/section&gt;
&lt;section class=&quot;flow-section&quot;&gt;
&lt;div class=&quot;flow-label&quot;&gt;FLA · JNIM · routes&lt;/div&gt;
&lt;h2 class=&quot;flow-heading&quot;&gt;Même tempo, projets différents&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;La séquence du 25 avril a montré une coordination opérationnelle entre le FLA et le JNIM. Des médias couvrant la zone ont rapporté que le JNIM revendiquait des attaques coordonnées et évoquait une opération conduite avec le FLA. D&apos;autres médias ont parlé de séparatistes et de jihadistes aux objectifs distincts, mais réunis contre un ennemi commun : gouvernement malien et ses soutiens russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le terrain, la distinction FLA/JNIM ne suffit plus à raconter ce qui s&apos;est passé. Les attaques ont suivi le même tempo, les cibles se sont répondu, Kidal a basculé en quarante-huit heures. Cette coordination ne prouve pas une fusion. Le FLA vise la reconnaissance territoriale et politique de l&apos;Azawad. Le JNIM, dirigé par Iyad Ag Ghali, reste affilié à al-Qaïda et vise une gouvernance jihadiste d&apos;un Mali reconfiguré.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;pull&quot;&gt;Combien de temps peuvent-ils agir comme un front tactique sans se heurter à leurs objectifs ?&lt;cite&gt;Question centrale&lt;/cite&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Trois variables se voient depuis l&apos;extérieur. La première est le sort des prisonniers. Une libération négociée par le seul FLA, sans le JNIM, signalerait un canal politique avec Bamako ou Alger que l&apos;autre branche ne contrôle pas. À l&apos;inverse, un statu quo prolongé suggère que ni la libération ni la rétention ne sont à la main d&apos;un seul des deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxième est la répartition territoriale. Le FLA revendique ou tient des centres urbains du nord comme Kidal, Tessalit et Aguelhok. Le JNIM pèse davantage dans la brousse et sur les routes, notamment par le blocus du carburant engagé fin 2025 sur l&apos;axe Kayes. Cette division entre l&apos;urbain et les zones de circulation tient tant qu&apos;elle n&apos;est pas contestée par une opération malienne au sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisième est l&apos;État islamique au Grand Sahara (EIGS), rival du JNIM et présent dans la zone de Ménaka. Des analystes relèvent qu&apos;il a profité de la séquence pour mener ses propres attaques et qu&apos;il a pris Labbezanga le même week-end. Toute frappe qui affaiblit le JNIM sans atteindre l&apos;EIGS redessine la carte locale au profit d&apos;un troisième acteur. Bamako le sait certainement : c&apos;est la nature même de cette guerre hybride.&lt;/p&gt;
&lt;aside class=&quot;flow-aside&quot;&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__label&quot;&gt;À savoir&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__body&quot;&gt;&lt;strong&gt;14/11/2023&lt;/strong&gt; · FAMa + Wagner reprennent Kidal.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;29/01/2025&lt;/strong&gt; · Sortie du Mali de la CEDEAO.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;20/12/2025&lt;/strong&gt; · Force unifiée AES lancée à Bamako.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;25-27/04/2026&lt;/strong&gt; · Offensive FLA/JNIM, Kidal tombe, Camara est tué.&lt;br&gt;&lt;strong&gt;13-14/05/2026&lt;/strong&gt; · Frappes FAMa sur Kidal.&lt;/div&gt;&lt;/aside&gt;
&lt;aside class=&quot;flow-aside&quot;&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__label&quot;&gt;Lecture&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;flow-aside__body&quot;&gt;Le nombre d&apos;acteurs en présence et la divergence de leurs objectifs rendent la séquence difficile à lire en temps réel. Trois signaux concrets restent à suivre : le sort des militaires détenus, le calendrier d&apos;une éventuelle contre-offensive terrestre, et l&apos;évolution du blocus carburant sur Bamako, lisible aux prix du litre, aux files devant les stations, à l&apos;état des ports côtiers et des routes encore ouvertes.&lt;/div&gt;&lt;/aside&gt;
&lt;/section&gt;</content:encoded><enclosure url="https://terresmouvantes.org/issues/01-armes-retentissent-nouveau-mali.pdf" type="application/pdf"/><category>Sahel</category><category>Afrique de l’Ouest</category></item></channel></rss>